Hollywood au Maroc : comment Ouarzazate joue tous les pays du monde
Le Maroc a doublé 20+ pays au cinéma : Rome, Somalie, Tibet, Grèce. 1,5 milliard MAD en 2025, crédit 30%, Nolan tourne The Odyssey. L'histoire complète.
Hollywood au Maroc : comment Ouarzazate joue tous les pays du monde
Le tout premier Grand Prix de Cannes sous drapeau marocain ? C’est un Américain fauché qui l’a décroché. En 1952, Othello d’Orson Welles remporte le Grand Prix — partagé avec Due soldi di speranza de Castellani (site officiel du Festival de Cannes). Le film est présenté sous pavillon marocain. Le directeur du festival demande quel est l’hymne national. Personne ne le sait. L’orchestre joue « something vaguely oriental from one of the French operettas » (Welles, Filming Othello, 1978).
L’hymne marocain n’aura ses paroles qu’en 1970 — écrites par Ali Squalli Houssaini pour la qualification du Maroc en Coupe du monde. En 1952, le Maroc est encore un protectorat français, et son cinéma commence par une imposture magnifique.
Acte I : Orson Welles et les boîtes de sardines (1949-1952)
L’histoire commence quand Welles débarque à Mogador (Essaouira) en 1949 pour tourner Othello. Son producteur italien, Scalera, fait faillite pendant le tournage. Welles le confirme : « Montatori Scalera was broke! » (Filming Othello). Le tournage s’étale sur trois ans, à travers Essaouira, El Jadida (Citerne portugaise), Safi et Agadir.
Les costumes manquent. Les tailleurs juifs du quartier juif d’Essaouira confectionnent des armures à partir de boîtes de sardines. Citation exacte de Welles : « all the armor is made out of sardine cans » (Filming Othello). Les premières armures du cinéma marocain sont bricolées dans un mellah par des artisans qui n’ont jamais vu Shakespeare.
Welles explique pourquoi le film est sous drapeau marocain : « OTHELLO was a movie without a country… Morocco then was a flag of convenience, like Liberia for a ship owner » (Filming Othello ; This Is Orson Welles, Bogdanovich, 1992). Le Maroc est un pavillon de complaisance cinématographique. Il ne le restera pas longtemps.
L’ironie est totale : le premier prix international du cinéma « marocain » est gagné par un Américain fauché, sous un drapeau de complaisance, avec un faux hymne, et des armures faites de boîtes de sardines par des artisans juifs. Tout est déjà là : la débrouillardise, le cosmopolitisme, l’improvisation, et cette capacité marocaine à transformer le rien en quelque chose de spectaculaire.
Essaouira honore Welles par une Place Orson Welles. La date d’inauguration de 1992 est répétée par les guides touristiques, mais aucun document officiel municipal ne la confirme.
Acte II : Atlas Studios — un empire dans le désert (1983-2005)
30 000 m² de rêve
Atlas Corporation Studios : fondés en 1983 par Mohamed Belghmi (Sanam Holding). Situés à 5 km à l’ouest d’Ouarzazate sur la route de Marrakech. Surface développée : 30 000 m² de studios sur un terrain de 10 hectares (Sanam Holding ; Lonely Planet donne 11 hectares). Rachetés par le groupe SANAM Holding de Saïd Alj.
Première grande production : Le Diamant du Nil (1985) avec Michael Douglas — « the first movie shot in Atlas Studios was ‘Jewel of the Nile’ » (site officiel Sanam Holding). Un avion de chasse factice du film trône encore sur le site.
CLA : quand Cinecittà rencontre le désert
CLA Studios : inaugurés en janvier 2005 par Dino De Laurentiis et le roi Mohammed VI (Variety, 2005). L’acronyme : Cinecittà + (De) Laurentiis + Alj. Superficie : 160 hectares (Sanam Holding). Peuvent accueillir jusqu’à cinq productions simultanées.
Le basculement est radical : environ 80 % des équipes techniques sont désormais marocaines (CNN, AramcoWorld). Ouarzazate n’est plus un simple décor — c’est une industrie. Les techniciens marocains qui ont commencé comme assistants sur Le Diamant du Nil en 1985 sont aujourd’hui chefs de département. Le savoir-faire s’est transmis de production en production, de génération en génération. Quand Nolan débarque en 2025, il trouve une industrie locale mature, capable de gérer des caméras IMAX 70 mm et des millions de dollars de budget.
Le caméléon géographique : 20+ pays doublés
Quand tu regardes Gladiator, Game of Thrones ou Black Hawk Down, tu regardes le Maroc. Ton pays a joué Rome, la Somalie et le Tibet — et Hollywood lui doit 1,5 milliard de dirhams.
Rome, Jérusalem, l’Égypte
Gladiator (2000) — Ridley Scott. Aït Benhaddou = province romaine de Zucchabar où Maximus est vendu comme esclave (Atlas of Wonders, ScreenRant). Un amphithéâtre de 30 000 places en briques de terre construit au pied du ksar (Gladiator: The Making of the Ridley Scott Epic). Trois semaines de tournage au Maroc.
Kingdom of Heaven (2005) — Ridley Scott. La reconstitution la plus colossale jamais réalisée au Maroc : une Jérusalem médiévale complète aux CLA Studios. Surface de mur : 28 000 m². 6 000 tonnes de plâtre. Murs de 17 mètres de haut. Façade de 365 mètres de long (IMDb Trivia). Le roi Mohammed VI a mis à disposition 1 200 à 1 500 militaires comme figurants (IMDb Trivia, warmoviebuff).
La Momie (1999) — Sommers. Le Maroc double l’Égypte intégralement. Marrakech (Jemaa el-Fna, La Mamounia) = Le Caire des années 1920. Le cratère volcanique de Gara Medouar (près d’Erfoud) = cité perdue d’Hamunaptra. 17 semaines de tournage dont environ 16 au Maroc, avec le soutien de l’armée royale marocaine (Giggster).
La Somalie, le Tibet, Abu Dhabi
Black Hawk Down (2001) — Ridley Scott. Le quartier Sidi Moussa de Salé = Mogadiscio. Avenue Nasser = Hawlwadig Road. Médina de Rabat = marché de Bakara. Base militaire reconstituée à l’aérodrome de Kénitra (movie-locations.com). 1 500 figurants, dont des personnes originaires du Congo, du Rwanda et de Sierra Leone (Scott à Deadline, 2019). Tourné à Rabat-Salé — pas à Ouarzazate.
La prochaine fois que tu te promènes avenue Nasser à Salé, sache que Ridley Scott y a fait atterrir des Black Hawk.
Sex and the City 2 (2010) — Marrakech, Erfoud et Merzouga = Abu Dhabi. Les autorités émiraties avaient refusé l’autorisation de tournage pour raisons morales (Wikipedia, ABC News, Al Arabiya). L’ironie est savoureuse : Abu Dhabi, qui se voulait le hub culturel du Golfe, refuse un tournage pour pudeur. Le Maroc l’accepte sans ciller et empoche les retombées. Le pragmatisme paie.
Kundun (1997) est peut-être la doublure la plus audacieuse. Scorsese devait recréer le Tibet en plein Maroc. Aux Atlas Studios, les artisans ont érigé des rues de Lhasa et un palais du Potala miniature au bord d’un réservoir. Selon Suheil Ben Barka (ancien directeur du CCM, Financial Times), 400 villageois du nord de l’Inde — vraisemblablement des exilés tibétains de Dharamsala — ont été amenés comme figurants (Radio Free Asia, 2025). La Chine a vigoureusement protesté contre le film, mais pas contre le Maroc — une preuve supplémentaire de la neutralité stratégique du pays dans le jeu cinématographique mondial.
La liste complète
Lawrence d’Arabie (1962) — David Lean. Contrairement à une idée répandue, le film a été tourné principalement en Jordanie et en Espagne. Des scènes ont été filmées dans la région d’Ouarzazate en juillet-août 1962 (davidlean.com, TCM), notamment le massacre de Tafas avec des soldats marocains.
Le vrai du faux
Le mythe : « Lawrence d’Arabie a été tourné à Aït Benhaddou. »
La réalité : Les sources primaires disent « Ouarzazate » — à 30 km d’Aït Benhaddou. L’attribution spécifique au ksar n’est pas étayée. Le film a été tourné principalement en Jordanie (Wadi Rum) et en Espagne (Séville, Almería).
La Dernière Tentation du Christ (1988) — Scorsese. Oumnast (près de Marrakech) = Nazareth. Écuries de Moulay Ismaël (Meknès) = Temple de Jérusalem et palais de Pilate. Le Maroc double la Terre sainte antique. Scorsese choisit le Maroc après le refus de l’Italie et de la Grèce — les deux pays jugent le film blasphématoire. Le Maroc, lui, accueille la production sans ciller. C’est un moment fondateur : le pays comprend que la neutralité politique sur le contenu des films est un avantage concurrentiel.
Inception (2010) — Nolan. Tanger = Mombasa (Kenya) pour les scènes de recrutement d’Eames et la poursuite à pied (IMDb, Wikipedia, movie-locations.com). Des journaux kenyans et des plaques d’immatriculation kenyanes sont visibles comme accessoires — le souci du détail est chirurgical. C’est déjà la première collaboration entre Nolan et le Maroc, quinze ans avant The Odyssey.
Autres doublures vérifiées : Perse (Prince of Persia, 2010 — Jerry Bruckheimer, Gemma Arterton à Ouarzazate), Babylone (Alexander, 2004 — Oliver Stone, Essaouira et Ouarzazate), Agrabah (Aladdin, 2019 — Guy Ritchie, désert d’Erfoud et Jemaa el-Fna), Yémen (Prison Break S5 — Ouarzazate), Irak/Falloujah (American Sniper, 2014 — Clint Eastwood, Rabat/Salé), Jordanie/Irak/Syrie/Dubaï (Body of Lies, 2008 — Ridley Scott, Rabat/Fès/Casablanca), Afrique du Nord WWII (SAS: Rogue Heroes, BBC, 2022 — Erfoud, El Jadida, Essaouira).
Et puis il y a les séries. Homeland (S3, S6, et surtout S8 tournée intégralement au Maroc — Ouarzazate = Afghanistan). The Spy (Netflix, 2019, Sacha Baron Cohen — 5 mois de tournage, Rabat/Salé/Fès/Casablanca = Damas/Tel-Aviv). Jack Ryan S1 (Amazon — Marrakech, Essaouira, El Jadida). The Wheel of Time S2. The Witcher S3.
Plus de 20 nations différentes. Aucun autre pays au monde ne peut se vanter d’avoir incarné autant de géographies au cinéma. Le Maroc est littéralement le caméléon géographique d’Hollywood — il peut jouer n’importe quel pays entre le Sahara et l’Himalaya, entre l’Antiquité et le futur.
Game of Thrones : une seule saison, mais quelle saison
Le Maroc n’apparaît que dans le pilote non diffusé (2009) et la Saison 3 (tournage automne 2012). Dès la Saison 4, HBO migre en Croatie puis en Espagne (Game of Thrones Wiki, Fandom). Mais cette saison unique a suffi à graver le Maroc dans la pop culture mondiale.
Essaouira = Astapor
Les remparts de la Skala de la Ville et la Sqala du Port incarnent la cité esclavagiste. Épisode S3E1 (Valar Dohaeris) : Daenerys arrive par bateau, parcourt les remparts. S3E3 (Walk of Punishment) : le « Chemin de la Punition » bordé d’esclaves crucifiés. Environ 300 figurants locaux à Essaouira (Explore Essaouira, Ozz Films). Si tu es MRE et que tu te promènes sur les remparts d’Essaouira cet été, tu marches sur le même chemin que Daenerys Targaryen.
La scène culminante du « Dracarys! » (S3E4) — celle où Daenerys libère les Immaculés et brûle les esclavagistes — a été filmée aux Atlas Studios d’Ouarzazate. L’espace nécessaire pour 8 000 Immaculés en formation militaire dépassait la capacité de la médina d’Essaouira. Les studios ont donc pris le relais pour la scène la plus mémorable de la saison.
Aït Benhaddou = Yunkaï
La « Cité Jaune ». Épisodes S3E7 à S3E10. La scène iconique « Mhysa » (S3E10) — des milliers d’esclaves libérés portant Daenerys en triomphe — a été filmée devant Aït Benhaddou, avec des portails spécialement construits pour la sortie des esclaves (happytowander.com, continenthop.com).
Le recyclage de Jérusalem en Pentos
Détail fascinant : les décors de la Jérusalem médiévale de Kingdom of Heaven (Ridley Scott, 2005) ont été repeints pour représenter la cour d’Illyrio Mopatis à Pentos dans le pilote. Source primaire : George R.R. Martin lui-même, sur son blog le 16 novembre 2009 (« Magic in Morocco ») : « One small portion of the Jerusalem set, redressed and repainted, became the courtyard of Illyrio’s manse where Dany first meets Khal Drogo. »
La Jérusalem de Ridley Scott fait 17 mètres de haut et 365 mètres de long. Elle se dresse à Ouarzazate. Et c’est aussi Pentos.
De 500 millions à 1,5 milliard : le triplement
Le 12 janvier 2026, le ministre de la Culture Mohamed Mehdi Bensaid déclare au Parlement que les revenus des productions étrangères au Maroc ont triplé : d’environ 500 M MAD avant 2021 à 1,5 milliard MAD en 2025 (Morocco World News, 13 janvier 2026). Variety (Ben Croll, 14 février 2026) confirme que le CCM a soutenu 23 longs métrages étrangers en 2025, générant « plus de 165 millions de dollars d’investissement local ».
| Année | Revenus productions étrangères | Source |
|---|---|---|
| 2019 | ~800 M MAD | CCM via Atalayar |
| 2021 | ~440-500 M MAD (COVID) | Bensaid (mjcc.gov.ma) |
| 2022 | ~1 milliard MAD | Atalayar, Bladi.net |
| 2023 | 1,14 milliard MAD | Rapport annuel CCM |
| 2024 | 1,24 milliard MAD | Rapport annuel CCM |
| 2025 | 1,5 milliard MAD | Bensaid au Parlement |
×3 en quatre ans. Un taux de croissance que même la tech envie. Et ces chiffres ne comptent que les productions étrangères. La production nationale a bondi en parallèle : 54 films marocains en 2025 contre seulement 4 au début des années 2000 et 34 en 2023 (Variety, février 2026, citant le directeur du CCM).
Le COVID a été un creux temporaire (440-500 M MAD en 2021), mais le rebond a été spectaculaire — le doublement du cash rebate en mars 2022 a agi comme un accélérateur. En 2023, le CCM rapportait déjà 1,14 milliard MAD. En 2024, 1,24 milliard. En 2025, le cap du 1,5 milliard est franchi.
Le crédit d’impôt : 30 % sans plafond
Le 28 mars 2022, le Maroc relève son cash rebate de 20 % à 30 % des dépenses éligibles en supprimant le plafond de 18 M MAD (CCM officiel, ccm.ma). Conditions : dépense minimale de 10 M MAD (~1 M$), minimum 18 jours de tournage, paiement via compte bancaire marocain dédié.
| Pays | Taux | Plafond | Situation |
|---|---|---|---|
| Maroc | 30 % | Aucun | Opérationnel, 300+ jours de soleil |
| Grèce | 40 % | 8 M€ | Suspendu en mai 2024 (arriéré >100 M€ — Variety) |
| Jordanie | 25-45 % | Variable | Nouveau régime mai 2025 |
| Espagne | 30/25 % | 20 M€ | Système régional complexe |
| Arabie saoudite | 40 % | — | Approbation de script obligatoire |
Le Maroc offre le meilleur rapport qualité-prix mondial : 30 % sans plafond, coûts de production 30 à 50 % inférieurs à l’Europe, 300+ jours de soleil, diversité de paysages dans un rayon de 100 km (désert, montagne enneigée, kasbahs, oasis, côte atlantique). La Grèce offrait 40 % — mais a suspendu son programme en mai 2024 à cause d’un arriéré de plus de 100 M€ (Variety, Screen Daily).
Avantages complémentaires : exonération de TVA sur factures éligibles supérieures à 5 000 MAD, facilités douanières pour l’import d’équipement, coopération des Forces Armées Royales pour les figurants et la logistique, et remises aériennes Royal Air Maroc. Quand Ridley Scott a besoin de 1 500 figurants pour Black Hawk Down, le Maroc les fournit en une semaine. Quand Nolan a besoin de 610 km de pellicule développée, le pays s’organise.
C’est cette combinaison — fiscalité + coûts + soleil + logistique + diversité — qui fait du Maroc la destination numéro un. Pas un seul facteur, mais l’ensemble.
The Odyssey de Nolan : le sommet
Christopher Nolan a posé ses caméras IMAX au Maroc le 25 février 2025 (Empire Magazine, janvier 2026). C’est le premier long métrage narratif tourné intégralement en IMAX 70 mm sur pellicule. Plus de 2 millions de pieds (~610 km) de pellicule utilisés (citation de Nolan dans Empire : « We shot over two million feet of film »). Budget estimé : ~250 M$ (Puck/Matthew Belloni, repris par THR et Variety).
Aït Benhaddou = Troie
Un cheval de Troie grandeur nature a été construit sur place pour la séquence d’ouverture de la guerre de Troie (Empire, Collider, Yabiladi). Autres lieux de tournage marocains : Tahanaoute et El Haouz (région de Marrakech — Screen Daily), Essaouira, Ouarzazate (base logistique), et Dakhla (Dune Blanche, 17-22 juillet 2025, Matt Damon et Zendaya repérés).
Note géopolitique : le tournage à Dakhla, au Sahara occidental, a été dénoncé par le Front Polisario et l’acteur Javier Bardem (Variety, Deadline). La présence de Nolan au Sahara occidental est un acte politique involontaire — ou pas. Le choix des lieux de tournage raconte aussi une histoire de souveraineté.
Pour donner une idée de l’ampleur : Avengers: Infinity War (2018) avait été tourné entièrement en IMAX mais en numérique. Des documentaires IMAX existaient déjà sur pellicule. The Odyssey est le premier à combiner narration, IMAX et pellicule de bout en bout (Rich Gelfond, PDG IMAX, à Deadline, mai 2025).
| Acteur | Rôle |
|---|---|
| Matt Damon | Ulysse |
| Tom Holland | Télémaque |
| Anne Hathaway | Pénélope |
| Zendaya | Athéna |
| Charlize Theron | Circé |
| Robert Pattinson | Antinoüs |
Tournage achevé le 8 août 2025, en 91 jours, 9 jours d’avance sur le calendrier (World of Reel, Empire Magazine). Sortie mondiale : 17 juillet 2026 (Universal Pictures). Quand le film sortira cet été, des millions de spectateurs verront Aït Benhaddou en Troie, le désert marocain en Méditerranée antique, et les montagnes de l’Atlas en toile de fond de l’Odyssée.
Le Maroc est le terrain choisi pour une première historique du cinéma mondial. Quand on dit que le Maroc fait l’histoire du cinéma, c’est littéral. Et c’est le même ksar — Aït Benhaddou — qui a joué dans Lawrence d’Arabie (probablement), Gladiator (certainement), Game of Thrones (inoubliablement), et maintenant The Odyssey. Quatre époques du cinéma mondial, un seul lieu.
Les artisans de l’ombre
À Ouarzazate (100 000 habitants), le cinéma et le tourisme sont les deux premiers moteurs économiques. Lors d’un tournage majeur : forgerons (épées, boucliers), couturières (costumes), constructeurs de décors, traiteurs, hôteliers.
Les chiffres donnent le vertige. A.D. The Bible Continues (NBC) : 600 artisans locaux pendant six mois (AramcoWorld, 2017). Killing Jesus (NatGeo) : 250 crew + 4 500 figurants (Channel Guide Magazine, février 2015). Les figurants sont rémunérés entre 200 et 500 MAD/jour selon la production (Yabiladi, Bladi.net). 400 MAD pour un cavalier, 1 000 MAD pour un cascadeur (Prince of Persia, Bladi.net).
Le pays forme aussi ses cinéastes. Quatre écoles majeures :
- ISADAC (Rabat, décret du 18 janvier 1985, ouverture 1986) — arts dramatiques et animation culturelle
- ESAV (Marrakech, 2006, privée, membre CILECT) — classée parmi les 15 meilleures écoles de cinéma internationales par The Hollywood Reporter (7 août 2015)
- ISMAC (Rabat, décret mars 2012, opérationnel 2013) — premier établissement public d’enseignement supérieur spécialisé en audiovisuel et cinéma
- ISCA — Institut Spécialisé du Cinéma et de l’Audiovisuel (2003)
Le Centre Cinématographique Marocain (CCM), créé par dahir du 8 janvier 1944 (ccm.ma), est l’un des plus anciens du continent africain. Il distribue environ 110 M MAD/an d’aides : 60 M pour la production nationale, 27,5 M pour les festivals, 15 M pour les documentaires sahariens et hassanis, 7 M pour la numérisation des salles. La loi 18-23, promulguée par dahir du 20 décembre 2024, entrée en vigueur le 1er septembre 2025 (maroc.ma, mjcc.gov.ma), élargit les pouvoirs du CCM : registre national du cinéma, label « studio », cartes d’accréditation professionnelle. Le cadre institutionnel s’est professionnalisé en même temps que l’industrie.
Du décor au créateur
Le vrai du faux
Le mythe : « Le Maroc est un simple décor pour Hollywood — il n’a pas de cinéma propre. »
La réalité : 54 longs métrages marocains produits en 2025, contre seulement 4 au début des années 2000 (Variety, février 2026, citant le directeur du CCM). Le Maroc a été désigné « Country in Focus » du European Film Market à la Berlinale 2026 — premier pays africain à recevoir cette distinction (site officiel Berlinale, 23 octobre 2025). The Hollywood Reporter titrait en février 2026 : « Morocco Shifts From Filming Location to Content Creator ».
Le box-office domestique reste modeste — 130 M MAD en 2024, 2,2 millions d’entrées pour seulement 81 écrans actifs dans tout le pays, dominés par Megarama (82,4 % du marché, six complexes dans cinq villes — rapport CCM 2023). C’est un paradoxe : le Maroc produit 54 films mais n’a pas assez de salles pour les montrer. La numérisation et l’expansion du réseau de salles sont les prochains chantiers.
Mais la trajectoire est claire : le Maroc ne veut plus être un décor. Il veut raconter ses propres histoires. Le CCM distribue 110 millions de dirhams par an d’aides à la production nationale. La loi 18-23 de 2024 crée un registre national du cinéma, un label « studio » et des cartes d’accréditation professionnelle. Et le Maroc a été désigné « Country in Focus » à la Berlinale 2026 — premier pays africain à recevoir cette distinction (site officiel Berlinale, 23 octobre 2025). THR titrait : « Morocco Shifts From Filming Location to Content Creator ».
Et aujourd’hui ?
Trois réalisateurs, trois décennies, un pays
L’histoire du Maroc au cinéma se résume en trois noms. Scorsese (1988, 1997) a ouvert la voie en tournant La Dernière Tentation du Christ puis Kundun au Maroc — deux films que personne d’autre ne voulait accueillir. Ridley Scott (2000, 2001, 2005) a industrialisé la relation avec Gladiator, Black Hawk Down et Kingdom of Heaven — trois blockbusters qui ont montré à Hollywood que le Maroc pouvait gérer n’importe quelle échelle de production. Nolan (2010, 2025) a couronné le tout avec Inception puis The Odyssey — le film qui fait du Maroc le lieu d’un record historique du cinéma mondial.
Chacun a apporté quelque chose : Scorsese la légitimité artistique, Scott l’échelle industrielle, Nolan la consécration technologique. Et entre les trois, des centaines de productions plus modestes ont maintenu la machine en marche.
Ce que cette histoire dit aux MRE
Si tu es MRE et que tu regardes un blockbuster ce week-end, il y a une chance sur trois que le paysage à l’écran soit marocain. Le désert de Gladiator. Les remparts de Game of Thrones. La Troie de Nolan. Les rues de Mogadiscio dans Black Hawk Down. Ton pays a joué plus de 20 nations au cinéma, et il continue.
Karim, 35 ans, à Paris, qui cherche à investir au Maroc : Ouarzazate se transforme grâce au cinéma. Les prix de l’immobilier ne sont pas ceux de Casa. L’industrie recrute et forme — 80 % des techniciens sont marocains. Si tu veux monter une boîte dans l’industrie culturelle au Maroc, les filières existent.
Pour Amina, 30 ans, à Lyon, c’est une question de fierté sourcée. Pas la fierté de dire « Gladiator a été tourné chez nous ». La fierté de savoir que des artisans juifs d’Essaouira ont fabriqué des armures en boîtes de sardines pour Orson Welles en 1949. Que 600 artisans d’Ouarzazate ont travaillé six mois sur une série de la NBC. Que l’ESAV de Marrakech est classée parmi les 15 meilleures écoles de cinéma au monde.
Et pour Ismaël, 25 ans, métis de Marseille : le Maroc fait l’histoire du cinéma mondial en 2026. Nolan y tourne le premier film 100 % IMAX pellicule. Le pays est à l’honneur à Berlin. 54 films marocains produits en un an. L’histoire ne s’arrête pas aux boîtes de sardines d’Essaouira — elle continue, et elle accélère.
Le cinéma au Maroc n’est pas qu’une affaire de chiffres. C’est aussi une question d’identité. Depuis 1949, quand Welles faisait coudre des armures en boîtes de sardines dans un mellah d’Essaouira, le pays a accueilli les plus grands réalisateurs du monde — Scorsese, Ridley Scott, Nolan. Il les a nourris, habillés, logés, armés. Il a joué Rome, la Somalie, le Tibet et Troie. Et maintenant, il commence à jouer son propre rôle.
En 1949, Orson Welles arrivait à Essaouira avec un producteur en faillite et pas d’argent pour les costumes. En 2025, Nolan arrive avec 250 millions de dollars et 610 km de pellicule IMAX. Entre les deux, 76 ans d’une histoire qui n’a fait qu’accélérer.
La question qui reste : et si la prochaine étape, c’était des productions marocaines qui doublent le reste du monde ?
Pour aller plus loin
- Le Maroc dans la fiction mondiale : de Casablanca à Game of Thrones
- Tanger internationale : 8 nations, 85 banques, la ville la plus folle du XXe siècle
- Les corsaires de Salé : quand le Maroc régnait sur les mers
- Créer ta boîte au Maroc depuis l’étranger : guide 2026
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Quand tu regardes Gladiator, Game of Thrones ou Black Hawk Down, tu regardes le Maroc. Ton pays a joué 20+ nations au cinéma. En 2025 : 1,5 milliard de dirhams, 54 films marocains produits, et Nolan qui choisit Aït Benhaddou pour tourner Troie. Lis l’article : https://moriginals.org/culture/hollywood-maroc-ouarzazate-cinema-films/
Questions fréquentes
C'est vrai que Game of Thrones a été tourné au Maroc ?
Oui — mais uniquement dans le pilote non diffusé (2009) et la Saison 3 (automne 2012). Essaouira a incarné Astapor, Aït Benhaddou a doublé Yunkaï, et la scène du 'Dracarys!' a été filmée aux Atlas Studios d'Ouarzazate. Dès la Saison 4, HBO a transféré en Croatie puis en Espagne.
Combien d'argent Hollywood rapporte au Maroc ?
1,5 milliard de dirhams (~165 millions de dollars) en 2025 pour les productions étrangères — un triplement en quatre ans (ministre Bensaid au Parlement, Morocco World News, janvier 2026). Le CCM a soutenu 23 longs métrages étrangers en 2025 (Variety, février 2026).
C'est quoi le crédit d'impôt de 30 % ?
Techniquement un cash rebate : le Maroc rembourse 30% des dépenses éligibles, sans plafond, depuis mars 2022. Condition : dépenser au minimum 10 millions de dirhams et tourner 18 jours minimum. Mieux que la Grèce (40% mais programme suspendu) et que la plupart des concurrents (CCM, m-f-c.org).
The Odyssey de Nolan, c'est quoi exactement ?
L'adaptation de l'Odyssée d'Homère, premier long métrage narratif tourné intégralement en IMAX 70mm sur pellicule. Matt Damon joue Ulysse, Zendaya incarne Athéna. Tourné au Maroc (Aït Benhaddou = Troie) et dans 5 autres pays. Budget estimé 250M$. Sortie le 17 juillet 2026.
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Yazid El-Wali
Fondateur de Moriginals. Formation en gestion des instruments financiers, programme Goldman Sachs "10,000 Small Businesses" (ESSEC). Ancien banquier et expert-comptable, fondateur de plusieurs CFA en France.