Ibn Battuta, al-Idrisi, Léon l'Africain : trois Marocains qui ont cartographié le monde
Ibn Battuta, al-Idrisi et Léon l'Africain : 120 000 km, 70 cartes, 300 ans de référence. L'histoire sourcée de trois Marocains entre les mondes.
Ibn Battuta, al-Idrisi, Léon l’Africain : trois Marocains qui ont cartographié le monde
On te dit qu’Ibn Battuta a fait trois fois Marco Polo. Sors ta calculette : c’est cinq. Le ratio « 3:1 », répété dans les documentaires, les manuels et les articles de presse, est arithmétiquement faux. 75 000 miles divisés par 15 000 miles, ça fait 5. Pas 3. Personne n’a vérifié.
Cette erreur résume tout. Trois Marocains ont produit les descriptions les plus importantes du monde médiéval. Leurs œuvres sont à la fois indispensables et profondément imparfaites. L’un a dicté 120 000 km de mémoire sans une note — et un septième de son texte est copié sur un prédécesseur. L’autre a gravé le monde sur un disque d’argent de 2 mètres — et sa carte la plus célèbre n’est pas de lui. Le troisième a été baptisé par un pape — et il est reparti musulman.
Voici l’histoire vraie de trois cartographes du monde. Avec ses grandeurs, ses plagiats, ses mensonges probables et ses leçons pour la diaspora.
Ibn Battuta : 120 000 km dictés de mémoire
Le chiffre et sa fragilité
Le chiffre canonique — 75 000 miles, soit environ 120 000 km en 30 ans — remonte vraisemblablement à Ivan Hrbek (« The Chronology of Ibn Battuta’s Travels », Archiv Orientální, vol. 30, 1962, pp. 409-486). Hrbek a également rédigé l’article « Ibn Battuta » de l’Encyclopaedia Britannica. Ross Dunn (The Adventures of Ibn Battuta, UC Press, 1986/2012) reprend l’estimation sans la recalculer. Tim Mackintosh-Smith la cite aussi.
Le problème : aucun chercheur publié n’a fourni de calcul itinéraire détaillé avec méthodologie transparente. La seule mise en perspective quotidienne vient de Douglas Bullis (Saudi Aramco World, juillet-août 2000) : « a bit under 11 kilometers a day for almost 11,000 days ». Vérification : 120 000 divisé par 30 fois 365 donne 10,96 km par jour. Le rythme d’un marcheur tranquille.
Et le fameux ratio avec Marco Polo ? On te répète « trois fois ». Le calcul réel : 75 000 miles (Ibn Battuta) divisés par environ 15 000 miles (Polo, soit ~24 000 km). Résultat : 5. Pas 3. L’erreur ne fonctionne qu’en gonflant la distance de Marco Polo à environ 25 000 miles. Une simplification journalistique, jamais corrigée, reprise par des milliers de sources.
120 000 km. Cinq fois Marco Polo. Mais un chiffre que personne n’a jamais recalculé depuis 1962.
Le scribe, le plagiaire et le voyageur
La Rihla n’est pas un journal de bord. Pas un carnet de route. C’est un texte dicté en 1354-1355 au scribe Ibn Juzayy al-Kalbi, après 29 ans de voyage sans notes écrites. Le sultan mérinide Abu Inan Faris commande le récit. Ibn Juzayy restructure, ajoute ses propres vers — et emprunte massivement.
J.N. Mattock (« Ibn Battuta’s Use of Ibn Jubayr’s Rihla », Proceedings of the Ninth Congress of the UEAI, Brill, 1981, pp. 209-218) a établi qu’environ 250 pages de la Rihla sont empruntées à la Rihla d’Ibn Jubayr (1184), un voyageur maghrébin du XIIe siècle. Un septième d’Ibn Battuta. Trois septièmes d’Ibn Jubayr. Les emprunts les plus massifs couvrent Médine (sections entières, « taken entirely from Ibn Jubayr but much abridged » selon Gibb), La Mecque, Damas, Alep, Bagdad.
La technique d’Ibn Juzayy pour masquer la copie : réordonner les phrases (Mattock, p. 211 ; Elad, 1987).
Plus grave encore. Amikam Elad (« The description of the travels of Ibn Battuta in Palestine: is it original? », JRAS, 119(2), 1987, pp. 256-272) a démontré que les descriptions de Palestine sont copiées d’un troisième auteur, Muhammad al-Abdari al-Hihi (XIIIe siècle). Là aussi sans attribution. Le plagiat ne se limite pas à Ibn Jubayr.
Le débat fait rage depuis des décennies. Ralf Elger (Die Wunder des Morgenlandes, C.H. Beck, 2010, 255 pages) qualifie Ibn Battuta de « plagiariser ». David Waines (The Odyssey of Ibn Battuta, U. of Chicago Press, 2010) préfère y voir un « hommage silencieux à un pieux prédécesseur maghrébin malikite ». Ross Dunn et Mackintosh-Smith invoquent la convention littéraire médiévale : au Moyen Âge, emprunter à un prédécesseur sans le nommer n’est pas de la fraude, c’est du respect.
Détail savoureux : c’est le scribe qui plagiait, pas le voyageur. Ibn Battuta dictait de mémoire. Ibn Juzayy comblait les trous avec du texte d’un autre.
Et même les contemporains doutaient. Ibn Khaldun rapporte dans son autobiographie — le al-Ta’rif, et non dans la Muqaddimah comme souvent écrit à tort — que des courtisans de Fès mettaient en doute le récit.
Le texte nous est parvenu à travers deux éditions de référence. Celle de Defrémery et Sanguinetti (1853-1858, 4 volumes, Imprimerie nationale de Paris) reste la base. Celle de Gibb et Beckingham pour la Hakluyt Society (1958-2000, 5 volumes) est la traduction anglaise standard. Pour le Mali, l’édition spécialisée de Hamdun et King (Ibn Battuta in Black Africa, Markus Wiener, 1975/2005) est incontournable.
Les Maldives : cadi, quatre épouses, chute
L’épisode maldivien (vers 1343-1344) est l’un des passages les plus vivants de la Rihla (Defrémery & Sanguinetti vol. IV, pp. 110-163 ; Gibb/Hakluyt vol. IV, ch. XVII ; Dunn, ch. 10 « Malabar and the Maldives »). Ibn Battuta, juriste malikite arabophone, se retrouve nommé grand cadi d’un archipel récemment converti à l’islam. Il épouse quatre femmes liées au pouvoir royal.
Ses jugements sont stricts. Fouet public pour les absents à la prière du vendredi. Tentative d’interdire aux femmes de sortir torse nu : « I tried to order… the women to dress, but without success. » Le conflit avec le vizir est ouvert. Les réformes radicales d’un juriste tangérois se heurtent aux coutumes d’un archipel tropical. Neuf mois. C’est tout ce qu’il tient.
Ibn Battuta part divorcé de toutes ses épouses sauf une, enceinte. Il verra son fils une seule fois.
Ross Dunn résume la situation : Ibn Battuta a « démissionné — bien qu’en réalité il aurait été renvoyé ».
Un juriste tangérois qui débarque avec sa vision du droit islamique dans un archipel de l’océan Indien, impose ses règles, se fait éjecter en neuf mois. Le schéma te dit quelque chose ?
L’Inde de Tughluq : huit ans de terreur dorée
Ibn Battuta atteint l’Indus en septembre 1333 et entre au service de Muhammad bin Tughluq à Delhi. Le portrait qu’il fait du sultan est devenu un morceau d’anthologie : « Of all men the most addicted to the making of gifts and the shedding of blood. His gate is never without some poor man being enriched, or some living man executed. » L’Encyclopaedia Britannica qualifie ce passage d’« unusually fine piece of psychological insight ».
Problème central de cette période : Ibn Battuta ne parlait pas le persan, langue de la cour de Delhi. Deux juristes persanophones traitaient les affaires à sa place. Son salaire annuel : 12 000 dinars d’argent. Le chiffre de 5 000 souvent cité correspond en réalité à un cadeau préalable, pas au salaire. La distinction compte : elle montre comment les chiffres se déforment d’un auteur à l’autre.
Huit ans à Delhi. Huit ans à naviguer entre la générosité et la cruauté d’un sultan imprévisible. Des collègues exécutés pour moins qu’un mot de travers. Le luxe et la terreur. Le salaire et l’épée.
Le tournant dramatique survient vers 1341-1342. Le sultan confie à Ibn Battuta une ambassade vers la Chine avec un convoi somptuaire : 200 esclaves hindous, 15 pages, 100 chevaux, candélabres en or, brocarts, perles. Le convoi quitte Delhi. À Calicut, sur la côte du Malabar, tandis qu’Ibn Battuta est à terre pour la prière du vendredi, une tempête frappe.
Un navire coule avec les cadeaux impériaux. L’autre part sans lui avec ses serviteurs et une esclave portant son enfant, qui mourra en route.
Terrifié à l’idée de revenir les mains vides devant Tughluq — un sultan qui exécutait pour moins que ça —, Ibn Battuta fuit vers le sud. Il ne reverra jamais Delhi.
Le Mali : la seule source sur un empire à son apogée
Le récit du Mali (1352-1353, Defrémery & Sanguinetti vol. IV, pp. 376-449 ; Gibb/Hakluyt vol. IV, ch. XXV) est d’une importance historique exceptionnelle. Comme le résument Levtzion et Hopkins (Corpus of Early Arabic Sources for West African History, Cambridge UP, 1981/2000, pp. 279-304) : c’est techniquement la seule source primaire directe sur l’Empire du Mali à son apogée.
Les autres sources sont bien plus tardives. Ibn Khaldun écrit de seconde main. Le Tarikh al-Sudan et le Tarikh al-Fattash datent du XVIIe siècle. Sans Ibn Battuta, une page entière de l’histoire africaine serait blanche.
Départ de Fès à l’automne 1351. Quatre mois à Sijilmassa, porte du Sahara. Traversée du désert en février 1352 — 25 jours jusqu’à Taghaza, que le voyageur décrit comme « le village le plus infesté de mouches ». Des maisons en sel, des mouches, et le commerce le plus lucratif du monde : les échanges sel-or qui faisaient la richesse du Sahel.
Arrivée à la capitale vers juillet 1352.
La scène du cadeau d’hospitalité est devenue légendaire. Mansa Suleiman, empereur du Mali, offre à son visiteur de marque trois galettes de pain, un morceau de boeuf frit et une calebasse de lait caillé. Ibn Battuta éclate de rire.
Son jugement est sans appel : « He is a miserly king, not a man from whom one might hope for a rich present. »
Les historiens nuancent. Mansa Moussa, le prédécesseur, avait fait crouler les cours de l’or au Caire 25 ans plus tôt lors de son hajj légendaire. La générosité extravagante du pèlerin avait déstabilisé les marchés égyptiens. Son successeur Suleiman cherchait à restaurer le trésor. Sa frugalité relevait d’une politique de redressement, pas d’une avarice personnelle.
Sur Tombouctou : une mention brève d’une ville « à quatre miles du fleuve ». Aucun enthousiasme. C’est cohérent : au milieu du XIVe siècle, Tombouctou n’avait pas encore atteint sa grandeur intellectuelle des XVe-XVIe siècles. Le voyageur passait devant un futur centre du savoir sans le savoir.
Les détails que laisse Ibn Battuta sont irremplaçables pour les historiens de l’Afrique de l’Ouest (Levtzion, Hunwick, Moraes Farias). Le cérémonial de cour : la plateforme pempi recouverte de soie, le parasol surmonté d’un oiseau d’or, les prostrations des sujets qui se jetaient de la poussière sur la tête. Le griot Dugha et ses performances musicales. Les échanges sel-or qui structuraient l’économie transsaharienne. La coexistence entre pratiques islamiques et préislamiques — un islam imprégné de coutumes locales qu’Ibn Battuta, juriste malikite, trouvait choquantes.
La confusion Niger/Nil traverse tout le chapitre. Ibn Battuta appelle le Niger « al-Nil », convaincu qu’il s’agit d’un bras du Nil. L’erreur reflète l’état des connaissances géographiques arabes de l’époque. Elle perdurera pendant des siècles.
La Chine : le maillon faible de la Rihla
La section chinoise (vers 1345-1346) concentre les doutes les plus sérieux. Ross Dunn pose le problème avec une ironie rare dans la littérature académique : « Since we can safely eliminate the possibility of his traveling by jet plane or speedboat, such a pace seems inconceivable. » (Dunn, ch. 11.)
L’aller-retour Maldives-Pékin-Inde du Sud en environ 20 mois est physiquement improbable. Les descriptions sont vagues. Les erreurs factuelles s’accumulent : confusion entre le Fleuve Jaune et le Grand Canal, croyance que la porcelaine est fabriquée à partir de charbon. Certains passages sont plagiés sur Shihab al-Umari et Sulaiman al-Tajir (IXe siècle).
Le consensus savant distingue entre les ports du sud — Quanzhou (le « Zayton » des sources arabes), Canton — jugés plausibles, et Pékin, dont la visite est jugée très improbable. Mackintosh-Smith accepte globalement le voyage. Ralf Elger est le plus sceptique. Dunn adopte un « agnosticisme prudent » : « honoring Ibn Battuta with the benefit of the doubt, we follow him, albeit warily. »
Le plus grand voyageur de l’islam médiéval n’est peut-être jamais allé en Chine. Ou du moins, pas à Pékin. C’est dérangeant. C’est aussi de l’histoire honnête.
Le vrai du faux
Le mythe : « Ibn Battuta a parcouru trois fois la distance de Marco Polo. »
La réalité : Le ratio « 3:1 », répété partout y compris par Tim Mackintosh-Smith, est arithmétiquement faux. 75 000 miles (Ibn Battuta) divisés par 15 000 miles (Marco Polo, environ 24 000 km) donnent un ratio de 5:1, pas 3:1. Le ratio « 3:1 » ne fonctionne qu’en gonflant la distance de Polo à environ 25 000 miles. C’est une simplification journalistique jamais corrigée (Hrbek, 1962 ; Dunn, 1986 ; Bullis, 2000).
Al-Idrisi : l’atlas qui a régné trois siècles
L’homme et son monde
Muhammad al-Idrisi (vers 1100-vers 1165), né selon la tradition à Ceuta. Une hypothèse minoritaire mais argumentée de Tony Campbell — s’appuyant sur Amara & Nef (Arabica, 2001, pp. 121-127) et Ducène (Encyclopaedia of Islam Three, 2018, pp. 91-99) — propose la Sicile comme lieu de naissance.
Descendant de la dynastie hammudide et, par elle, de la dynastie idrisside fondatrice du Maroc. Éduqué à Cordoue, alors l’un des centres intellectuels les plus brillants du monde musulman occidental. Un homme formé dans la tradition scientifique arabe, héritier de Ptolémée et des géographes de Bagdad.
Vers 1138, le roi normand Roger II de Sicile le recrute pour un projet titanesque. La date est disputée — l’Encyclopaedia Britannica donne « about 1145 ». Quinze ans de travail commencent.
La Sicile de Roger II est un cas unique dans l’histoire médiévale. Un roi normand qui s’habille en émir, parle arabe, frappe monnaie bilingue, entretient une cour où cohabitent chrétiens latins, chrétiens grecs, musulmans et juifs. La frontière islamo-chrétienne, ici, est poreuse. Al-Idrisi n’est pas un traître qui passe à l’ennemi. Il est un savant cosmopolite dans un espace politique qui rend possible la collaboration intellectuelle entre civilisations.
La Tabula Rogeriana : 70 cartes, un disque d’argent et 15 ans de travail
La méthodologie est rigoureuse. Al-Idrisi et Roger II interrogent systématiquement les voyageurs passant par la Sicile — « individuellement et en groupes, ne retenant que ce sur quoi il y avait accord complet ». Les témoignages contradictoires sont écartés. Des agents et des dessinateurs sont envoyés vérifier sur le terrain. Une méthodologie empirique, un protocole de recoupement — sept siècles avant la méthode scientifique moderne.
Le résultat, achevé en 1154 : le Nuzhat al-mushtaq fi ikhtiraq al-afaq — « Le divertissement de celui qui désire parcourir le monde ». Le titre seul est un programme. Organisé selon le système ptoléméen : 7 zones climatiques multipliées par 10 sections, soit 70 cartes sectionnelles avec commentaire détaillé. Cartes orientées sud en haut, La Mecque au centre.
Et un disque d’argent gravé — un planisphère de près de 2 mètres de diamètre. Le poids est disputé : environ 300 livres (140 kg) dans la plupart des sources modernes, 450 livres chez S.P. Scott (History of the Moorish Empire in Europe, 1904).
La précision est remarquable. Circonférence terrestre estimée à 37 000 km, contre 40 075 km réels : erreur de moins de 8 %. Ptolémée, la référence antique, estimait environ 29 000 km — une erreur de 33 %. Al-Idrisi décrit la Terre comme « stable dans l’espace comme le jaune d’un oeuf ». L’image est courante dans la cosmologie gréco-islamique, pas une innovation d’al-Idrisi. Mais la précision du calcul, elle, lui appartient.
Les sources du Nil : une intuition confirmée sept siècles plus tard
Les sources du Nil illustrent la qualité du travail. Al-Idrisi les situe dans les « Montagnes de la Lune », alimentant plusieurs lacs. S.P. Scott (1904, vol. 3, pp. 461-462) résume : « The relative position of the lakes which form the Nile, as delineated in his work, does not differ greatly from that established by Baker and Stanley more than seven hundred years afterwards. »
Relis cette phrase. Les grands lacs africains — Victoria, Albert, Édouard — et les montagnes Rwenzori : al-Idrisi les avait localisés au XIIe siècle. Baker et Stanley ne les « découvriront » qu’au XIXe siècle. Sept siècles d’écart.
Il avait tort sur un point : le « Nil du Soudan » coulant vers l’ouest. C’était le Niger, pas le Nil. La même confusion qu’on retrouvera chez Ibn Battuta deux siècles plus tard. Certaines erreurs traversent les siècles.
Les cartes d’al-Idrisi sont copiées sans modification majeure pendant trois siècles (S.P. Scott, 1904). Aucun atlas médiéval n’a eu une durée de vie comparable. Aucune œuvre cartographique n’a fait autorité aussi longtemps avant l’ère de l’imprimerie.
Le disque détruit en 1161 : fait ou conjecture ?
Tu as probablement lu que le disque d’argent a été détruit lors d’une rébellion des barons en 1160-1161 contre Guillaume Ier, fils de Roger II. C’est la version standard. Elle est dans tous les manuels, tous les articles, toutes les conférences.
Alfred Hiatt (« Geography at the Crossroads », in Cartography between Christian Europe and the Arabic-Islamic World, Brill, 2021, pp. 113-136) a démontré le contraire : « the often-repeated claim that it was destroyed in an uprising of 1161 is in fact no more than a conjecture of the learned nineteenth-century historian, Michele Amari. »
Ce « fait » que tout le monde répète est une hypothèse émise par un historien du XIXe siècle. Amari était compétent. Mais une conjecture reste une conjecture. Personne ne sait ce qu’est devenu le disque d’argent de 2 mètres gravé par al-Idrisi. Il a peut-être été fondu. Peut-être volé. Peut-être qu’il dort dans une cave sicilienne. On ne sait pas.
La carte circulaire : l’image virale qui n’est pas de lui
La célèbre carte circulaire du monde — l’image la plus reproduite sous le nom d’al-Idrisi — n’est pas son œuvre. La BnF confirme : seuls 6 des 10 manuscrits survivants l’incluent, et elle n’est pas mentionnée dans le texte.
Tony Campbell (« The Charta Rogeriana: A Reappraisal », maphistory.info, 2020-2025, 27 pages) tranche : « It now seems [this map] lacks any direct connection with al-Idrisi. »
Le vrai chef-d’œuvre d’al-Idrisi, ce sont 70 cartes rectangulaires sectionnelles. La carte circulaire est un ajout de copistes postérieurs. L’image la plus virale de la cartographie arabe est une attribution erronée.
C’est un schéma que tu connais. L’image simplifiée remplace l’œuvre complexe. Le raccourci efface le travail. Les 70 cartes rectangulaires, personne ne les montre. La carte ronde, tout le monde la partage.
Le vrai du faux
Le mythe : « La célèbre carte ronde du monde est le chef-d’œuvre d’al-Idrisi. »
La réalité : Cette carte n’apparaît que dans 6 manuscrits sur 10. Elle n’est pas mentionnée dans le texte d’al-Idrisi. Tony Campbell (2020-2025) et la BnF confirment qu’elle « manque de toute connexion directe avec al-Idrisi ». Le vrai travail : 70 cartes rectangulaires organisées par zones climatiques. Le disque d’argent de 2 mètres — dont on ne sait même pas ce qu’il est devenu — était le planisphère physique. La carte ronde que tu connais est probablement l’œuvre d’un copiste anonyme, des décennies ou des siècles après al-Idrisi.
Manuscrits et traduction : une histoire de malentendus
Le plus ancien manuscrit connu est conservé à la BnF sous la cote MS Arabe 2221. Écriture maghrébine, 352 folios, 26 sur 21 cm, acquis en 1833. Il contient 68 cartes — 2 manquantes. Datation incertaine : vers 1300 ou vers 1325. Numérisé sur Gallica et la Bibliothèque numérique mondiale. N’importe qui peut aller voir ces cartes. Aujourd’hui, maintenant, gratuitement.
Au total, 10 copies de manuscrits survivent dans le monde. 5 ont le texte complet. 8 ont des cartes.
La traduction latine de 1619 par Gabriel Sionita et Joannes Hesronita porte le titre trompeur de Geographia Nubiensis. Une erreur de traduction qui a fait croire, à tort, qu’al-Idrisi était nubien. L’œuvre d’un descendant des Idrissides du Maroc, prise pour celle d’un Nubien du Soudan. Le malentendu a duré des siècles. Quand on parle d’appropriation culturelle…
La reconstruction de 2017-2019
En 2017, la Factum Foundation (Madrid) a lancé un projet inédit. Pour la première fois, les 70 cartes sectionnelles ont été numériquement assemblées pour créer une image complète de l’atlas. Puis transformation en format circulaire de 2 mètres — interprétation du disque perdu — et fabrication de deux reproductions physiques.
L’une a été exposée à la Bodleian Library d’Oxford dans l’exposition « Talking Maps » (5 juillet 2019 - 8 mars 2020). L’autre est à Palerme, ville où al-Idrisi a travaillé.
Neuf siècles après sa création, l’atlas d’al-Idrisi a enfin été reconstitué. Et le résultat est saisissant : un monde complet, de l’Atlantique à la Chine, cartographié avec une précision que l’Europe ne retrouvera pas avant la Renaissance.
Léon l’Africain : l’homme entre deux mondes
Né à Grenade, pas à Fès
Al-Hasan ibn Muhammad al-Wazzan est né à Grenade. Pas à Fès. Lui-même l’écrit dans le colophon de l’édition Ramusio : « Finisce il libro di Giovan Lion, nasciuto in Granata et allevato in Barberia. » Né à Grenade, élevé en Barbarie.
Il joue de sa double appartenance avec un humour qui résonne encore : « Quand on parle mal de l’Afrique, je dis que je suis né à Grenade, et quand on critique ma patrie, je prétends avoir été élevé en Afrique, non à Grenade. »
Tu connais ce geste. Selon l’interlocuteur, tu mets en avant le côté qui avantage. Marocain en France quand ça valorise. Français au Maroc quand ça protège. Al-Wazzan le faisait déjà au XVIe siècle.
La date de naissance est disputée. Dietrich Rauchenberger (Johannes Leo der Afrikaner, Harrassowitz, 1999 — la biographie savante la plus complète) déduit octobre-novembre 1494 des indications d’âge dans le texte. Natalie Zemon Davis retient vers 1486-1488. L’Encyclopaedia Britannica donne vers 1485. Amin Maalouf choisit 1488 pour son roman.
La famille émigre vers Fès peu après la naissance, quelques années avant la chute définitive de Grenade en 1492 (si Rauchenberger a raison) ou juste après (si Davis a raison). Al-Wazzan grandit dans la capitale intellectuelle du Maghreb, pas dans la Grenade en chute. Mais il reste un homme de l’exil. Un Andalou de Fès. Un déraciné dès le berceau.
Capture, prison, baptême pontifical
En 1518, al-Wazzan rentre d’une mission diplomatique à Constantinople pour le compte du sultan wattasside de Fès. Des corsaires espagnols le capturent en Méditerranée. Le lieu exact est disputé : probablement près de la Crète, selon les archives vénitiennes découvertes par Rauchenberger. Le corsaire Pedro de Bobadilla est enregistré par le consul vénitien à Palerme le 21 juin 1518. La tradition issue de Ramusio place la capture près de Djerba. Le débat n’est pas clos.
Transféré au Château Saint-Ange à Rome — l’ancienne forteresse d’Hadrien reconvertie en prison pontificale —, il y passe environ 15 mois. Pas un cachot obscur. Un captif de valeur, un diplomate musulman lettré, dans la Rome de Léon X. Le pape collectionne les raretés. Un Maure cultivé en est une.
Le 6 janvier 1520, jour de l’Épiphanie, le pape Léon X le baptise en personne dans la basilique Saint-Pierre. Trois cardinaux servent de parrains : Bernardino López de Carvajal — « qui se réjouissait de la reconquête de Grenade » —, Lorenzo Pucci, et Egidio da Viterbo, vicaire général des Augustins et prédicateur d’un Âge d’Or imminent.
Nom reçu : Johannes Leo de Medicis. Le pape donne son propre nom à un captif musulman. Un Grenadin exilé à Fès, capturé en mer, baptisé dans la plus grande basilique de la chrétienté, avec la crème du Sacré Collège comme témoins.
Sept ans plus tard, il repartira musulman.
La Description de l’Afrique : mémoire, altération, 300 ans de référence
Le manuscrit est achevé le 10 mars 1526 à Rome. 957 pages (ou 936 selon le mode de comptage), intitulé La cosmographia & geographia de Affrica, conservé à la Biblioteca Nazionale Centrale di Roma (Ms. V.E. 953). Édition critique par Gabriele Amadori (Aracne, 2014). Al-Wazzan écrit entièrement de mémoire, sans accès à ses notes arabes restées au Maroc.
Un homme qui écrit de mémoire. Comme Ibn Battuta. Deux siècles d’écart, le même geste : reconstituer le monde à partir de souvenirs.
La publication intervient en 1550 — 24 ans après la rédaction — par Ramusio dans Delle navigationi et viaggi (Venise, vol. 1). Détail capital : Ramusio a substantiellement modifié le texte. Coupes, ajouts, réarrangements. C’est pourtant cette version altérée, traduite en latin (1556), en français (1556) et en anglais par John Pory (1600), qui devient la source européenne de référence sur l’Afrique intérieure.
Pendant environ 300 ans. Jusqu’à ce que les explorateurs européens du XIXe siècle — Mungo Park, René Caillié, Heinrich Barth — commencent à parcourir eux-mêmes l’intérieur du continent.
Trois siècles durant lesquels l’Europe n’a eu qu’un seul regard fiable sur l’Afrique intérieure : celui d’un Grenadin musulman devenu chrétien de circonstance, redevenu musulman, écrivant de mémoire dans une langue qui n’était pas la sienne.
La hila : ruse légitime ou défaillance mémorielle ?
Trickster Travels: A Sixteenth-Century Muslim Between Worlds de Natalie Zemon Davis (Hill and Wang, 2006 ; environ 435 pages, 100 pages de notes) a renouvelé les études sur al-Wazzan. Davis (1928-2023), historienne de Princeton et l’une des plus grandes médiévistes du XXe siècle, propose le concept de hila (حيلة) — stratagème, ruse légitime en droit islamique — comme clé de lecture de toute l’œuvre.
Al-Wazzan aurait écrit « prudemment et avec précaution, de peur que chrétiens ou musulmans ne contestent son orthodoxie ». Sa métaphore centrale : « un pont qu’il pouvait traverser dans les deux sens » (Davis, p. 114).
La thèse a été critiquée pour surinterprétation (H-Net Review). La question reste ouverte : les erreurs géographiques de la Description sont-elles des protections délibérées — une hila pour ne pas livrer aux chrétiens d’informations stratégiques sur le monde musulman — ou de simples défaillances mémorielles après des années loin de ses notes ?
La question est impossible à trancher. Elle est surtout magnifique. Un homme qui navigue entre deux civilisations et qui laisse dans son texte des ambiguïtés que les historiens débattent encore cinq siècles plus tard. C’est ça, la hila. Pas un mensonge. Un texte qui fonctionne dans les deux directions.
Le retour à l’islam
Après la mort de Léon X en décembre 1521, al-Wazzan reste 3 à 4 ans en Italie. Il revient à Rome en 1526 sous le pontificat de Clément VII. Le sac de Rome le 6 mai 1527 par les troupes de Charles Quint bouleverse tout. Les lansquenets allemands et les soldats espagnols pillent la ville pendant des mois. Al-Wazzan fuit vers l’Afrique du Nord.
L’orientaliste Widmannstetter, dans la préface de son Liber Sacrosancti Evangelii (1555), mentionne qu’al-Wazzan se trouvait à Tunis et s’était reconverti à l’islam. La reconversion est considérée comme très probable par le consensus savant.
Date et lieu de mort inconnus. Probablement Tunis, vers 1554. Un homme qui a traversé trois mondes — Grenade, Fès, Rome — et qui disparaît sans laisser de trace. Même sa mort est une hila.
Trois modèles, trois ombres
Ces trois œuvres sont à la fois indispensables et profondément imparfaites. Les assumer avec leurs failles, c’est la définition même de el-‘izza — la fierté sourcée.
La Rihla d’Ibn Battuta : seule source primaire sur le Mali médiéval. Mais un septième du texte est plagié. La section chinoise est probablement inventée. Le récit est dicté de mémoire après 29 ans sans notes, à un scribe qui restructure et emprunte à d’autres auteurs sans le signaler.
La Tabula Rogeriana d’al-Idrisi : meilleur atlas mondial pendant trois siècles. Moins de 8 % d’erreur sur la circonférence terrestre. Mais sa carte la plus célèbre n’est pas de lui. Son disque d’argent a disparu sans qu’on sache comment. Et la traduction latine le transforme en Nubien pendant des siècles.
La Description de l’Afrique d’al-Wazzan : seule source européenne fiable sur l’intérieur du continent pendant 300 ans. Mais écrite de mémoire, substantiellement modifiée par un éditeur italien, traversée d’ambiguïtés qui sont peut-être des ruses, peut-être des oublis.
C’est précisément cette tension qui fait leur richesse. Des œuvres parfaites seraient suspectes. Des œuvres imparfaites, contestées, débattues depuis des siècles — ça, c’est de l’histoire vivante.
L’héritage vivant
Ibn Battuta dans le paysage contemporain
Aéroport Tanger Ibn Battouta (TNG) : projet de 327 millions de dollars pour passer à 7 millions de passagers, objectif Coupe du monde 2030. Le voyageur qui partait de Tanger en 1325 aurait son nom sur un terminal de son aéroport.
Ibn Battuta Mall à Dubaï (2005) : 521 000 m2, six cours thématiques représentant les régions visitées par le voyageur, 21 millions de visiteurs en 2017. Cratère lunaire de 11 km nommé par l’Union astronomique internationale en 1976.
Tim Mackintosh-Smith, le biographe britannique qui a refait physiquement les routes d’Ibn Battuta dans les années 2000, est professeur invité à NYU Abu Dhabi depuis septembre 2025. Le docudrame IMAX Journey to Mecca (2009), narré par Ben Kingsley, a été primé à Tribeca et au Géode de Paris.
Al-Idrisi : de Ceuta à Pluton
Al-Idrisi Montes : une chaîne de montagnes sur Pluton, approuvée par l’Union astronomique internationale le 7 septembre 2017. Un cartographe marocain du XIIe siècle qui donne son nom à un relief sur une planète naine à 5,9 milliards de km de la Terre. La distance aurait plu à al-Idrisi.
La reconstruction de la Factum Foundation a été exposée à la Bodleian Library d’Oxford (2019-2020). Les manuscrits sont librement accessibles sur Gallica (BnF) et la World Digital Library (Library of Congress). Le romancier Tariq Ali a écrit A Sultan in Palermo, fiction centrée sur la cour de Roger II et le milieu intellectuel cosmopolite de la Sicile normande.
Léon l’Africain dans la culture
Le roman Léon l’Africain d’Amin Maalouf (1986) — premier roman de l’écrivain (son premier livre était Les croisades vues par les Arabes, 1983), traduit dans plus de 20 langues, noté 4.2/5 sur Goodreads avec plus de 16 000 avis — a ancré al-Wazzan dans l’imaginaire francophone et mondial. L’ouverture est devenue culte : « Moi, Hassan fils de Muhammad le peseur, moi, Jean-Léon de Médicis, circoncis de la main d’un barbier et baptisé de la main d’un pape… »
Wajdi Mouawad a monté Tous des Oiseaux au Théâtre de La Colline (création le 17 novembre 2017), avec Natalie Zemon Davis comme conseillère historique. BBC Arabic a produit le documentaire Leo Africanus: A Man Between Worlds (2011).
Ce que la recherche récente a changé (2020-2026)
Cinq développements majeurs. Alfred Hiatt (Brill, 2021) : la destruction du disque en 1161 est une conjecture d’Amari, et l’œuvre d’al-Idrisi est « overwhelmingly based in the Arabic-Islamic tradition, with minimal input from written Latin sources ». Tony Campbell (2020-2025) : hypothèse minoritaire qu’al-Idrisi serait né en Sicile, pas à Ceuta.
Natalie Zemon Davis a publié Leo Africanus Discovers Comedy (CRRS, Toronto, 2021, 216 pages) puis Listening to the Languages of the People (CEU Press, 2022) avant de mourir en octobre 2023. Touati et Déclais ont édité De quelques hommes illustres chez les Arabes et les Hébreux aux Belles Lettres (2020). Un article de 2024 sur SCIRP a appliqué l’imagologie au texte chinois de la Rihla.
La recherche continue. Les questions ne se ferment pas. C’est le signe que ces trois œuvres sont toujours vivantes.
Et aujourd’hui ?
Trois Marocains du Moyen Âge. Trois modèles de rapport au monde qui résonnent directement avec l’expérience de la diaspora en 2026.
Ibn Battuta, c’est le juriste qui part avec ses convictions et tente de les imposer partout. Aux Maldives, il veut appliquer le droit malikite à un archipel qui vient à peine de se convertir. Il se fait éjecter. À Delhi, il ne parle pas la langue et d’autres font le travail à sa place. Mais il observe, il retient, il dicte — et son témoignage devient la seule trace d’un empire disparu. L’analogie avec le MRE (Marocain Résidant à l’Étranger) qui arrive dans un pays d’accueil avec ses repères, se heurte aux réalités, s’adapte et finit par créer quelque chose d’unique — elle est directe.
Al-Idrisi, c’est le savant cosmopolite au service d’un roi étranger. Il ne trahit pas sa tradition — son œuvre est « massivement ancrée dans la tradition arabo-islamique » (Hiatt, 2021). Il la déploie dans un contexte qui la valorise. La Sicile de Roger II était l’endroit exact où un cartographe musulman pouvait produire le meilleur atlas du monde. Al-Idrisi a trouvé son espace. Amina, 30 ans, née à Lyon, descendante d’Idrissides ou pas, cherche le même : un espace professionnel où sa double culture n’est pas un handicap mais un avantage compétitif. Ismaël, 25 ans, métis à Marseille, navigue entre deux mondes comme al-Idrisi naviguait entre Ceuta et Palerme. Le cosmopolitisme n’est pas une trahison. C’est un talent.
Léon l’Africain — al-Wazzan —, c’est le maître de la hila. La ruse légitime. L’art de naviguer entre deux civilisations sans se perdre. Baptisé par un pape, reparti musulman. Il écrit pour des chrétiens un texte qu’un musulman peut relire sans y trouver de trahison. « Un pont qu’il pouvait traverser dans les deux sens. » C’est exactement ce que fait chaque MRE qui explique le Maroc à ses collègues européens et l’Europe à sa famille restée au pays. La hila n’est pas de l’hypocrisie. C’est de l’intelligence situationnelle.
Ces trois hommes sont à la fois les plus grands témoins du monde médiéval et ses témoins les plus contestables. Un septième du texte est copié. La carte la plus célèbre est fausse. Le baptême est stratégique. Ce n’est pas un défaut. C’est la condition même de qui vit entre les mondes. La pureté est un luxe de sédentaire. Ceux qui bougent, ceux qui traversent, ceux qui traduisent — ils bricolent, ils adaptent, ils négocient. Et leurs imperfections sont plus riches que la perfection de ceux qui n’ont jamais quitté leur village.
El-ma’rifa (la maîtrise) — connaître les règles des deux côtés. C’est Ibn Battuta imposant le droit malikite aux Maldives et al-Idrisi réconciliant Ptolémée avec les géographes arabes. El-‘izza (la fierté sourcée) — l’histoire vraie, pas le mythe Instagram. C’est le ratio 5:1, pas 3:1. C’est la carte rectangulaire, pas la carte ronde. C’est al-Wazzan né à Grenade, pas à Fès.
La vraie fierté ne craint pas la nuance.
Pour aller plus loin
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On te dit qu’Ibn Battuta a fait 3x Marco Polo. C’est 5x. Et un septième de son texte est copié. La carte la plus célèbre d’al-Idrisi n’est pas de lui. Léon l’Africain est né à Grenade, pas à Fès. L’histoire vraie de 3 Marocains qui ont cartographié le monde. Lis l’article : https://moriginals.org/culture/ibn-battuta-al-idrisi-leon-africain-cartographes-marocains/
Publié le 19 mars 2026 — Mis à jour le 19 mars 2026
À propos de l’auteur
Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.
Questions fréquentes
Ibn Battuta a vraiment parcouru 120 000 km ?
Le chiffre vient d'Ivan Hrbek (Archiv Orientální, 1962), repris par Ross Dunn. Aucun calcul itinéraire détaillé n'a été publié. Douglas Bullis (Saudi Aramco World, 2000) donne la seule mise en perspective : environ 11 km par jour pendant 30 ans, le rythme d'un marcheur tranquille. Le chiffre reste une estimation savante, pas une mesure vérifiée.
La carte d'al-Idrisi qu'on voit partout, c'est bien la sienne ?
Non. La célèbre carte circulaire du monde n'apparaît que dans 6 manuscrits sur 10 et n'est pas mentionnée dans le texte d'al-Idrisi. Tony Campbell (maphistory.info, 2020-2025) et la BnF confirment que c'est un ajout de copistes postérieurs. Le vrai chef-d'œuvre d'al-Idrisi, ce sont 70 cartes rectangulaires sectionnelles.
Léon l'Africain est né à Fès ou à Grenade ?
À Grenade. Al-Wazzan l'écrit lui-même dans le colophon de l'édition Ramusio : 'nasciuto in Granata et allevato in Barberia' — né à Grenade, élevé en Barbarie. Sa famille émigre vers Fès peu après sa naissance, probablement autour de 1494 (Rauchenberger, 1999).
Ibn Battuta a-t-il vraiment visité la Chine ?
Le consensus savant distingue les ports du sud (Quanzhou, Canton), jugés plausibles, de Pékin, jugé très improbable. Ross Dunn (1986) élimine la possibilité physique d'un aller-retour Maldives-Pékin en 20 mois. La chronologie est impossible, les descriptions vagues, et certains passages sont plagiés sur des auteurs antérieurs.
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Yazid El-Wali
Fondateur de Moriginals. Formation en gestion des instruments financiers, programme Goldman Sachs "10,000 Small Businesses" (ESSEC). Ancien banquier et expert-comptable, fondateur de plusieurs CFA en France.