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Bartering : comment 60 000 PME suisses échangent sans cash

WIR Bank, Sardex, France Barter : comment le bartering B2B fonctionne vraiment, pourquoi 75 % des systèmes échouent, et ce que ça donne au Maroc.

Par Yazid El-Wali 16 mars 2026 14 min de lecture
Moussa, 33 ans — Le bartering comment 60 000 PME suisses echangent sans cash
Moussa, 33 ans — Le bartering comment 60 000 PME suisses echangent sans cash

Bartering : comment 60 000 PME suisses échangent sans cash

Tu as une PME. Ta trésorerie est tendue. Ton comptable te parle de délais de paiement. Et un jour, quelqu’un te dit : « Et si tu échangeais tes services contre ceux d’un autre entrepreneur, sans sortir un centime ? » Le bartering B2B — l’échange interentreprises organisé — brasse 12 à 14 milliards de dollars par an dans le monde. Le WIR suisse fonctionne depuis 1934. Sardex, en Sardaigne, génère 142 millions d’euros par an avec 45 000 utilisateurs. France Barter, en France… a fait faillite en septembre 2025. Voici ce qui marche, ce qui tue, et ce que ça donne quand on transpose au Maroc.

Le bartering B2B, c’est pas du troc — c’est un système bancaire parallèle

Le troc classique exige que deux personnes aient exactement ce que l’autre veut, au même moment. Les économistes appellent ça la « double coïncidence des besoins » — et c’est pourquoi le troc reste anecdotique au-delà de deux personnes.

Le bartering organisé résout ce problème avec un mécanisme de crédit mutuel multilatéral. Tu vends à n’importe quel membre du réseau, tu gagnes des crédits. Tu achètes auprès de n’importe quel autre membre avec ces crédits. La somme de tous les soldes du réseau est toujours égale à zéro. C’est plus proche d’une banque coopérative interne que du troc de billes dans une cour de récré.

Trois règles universelles :

  • 1 crédit = 1 unité de monnaie nationale. Franc WIR = 1 CHF. Crédit Sardex = 1 EUR. Trade dollar ITEX = 1 USD. Pas de flottement, pas de spéculation.
  • Inconvertibilité. Tu ne peux pas transformer tes crédits en cash. C’est ce qui maintient l’argent dans le circuit.
  • Fiscalité identique au cash. En Suisse, en France, en Italie, aux USA, au Maroc : un échange en nature est traité comme une double vente. TVA, IS, IR — tout s’applique (art. 266-1-a CGI en France ; art. 96 CGI-MA au Maroc ; TEFRA 1982 aux USA).

Concrètement : tu es graphiste, tu crées un logo pour un restaurateur du réseau. Tu gagnes 2 000 crédits (= 2 000 EUR). Tu les dépenses chez un imprimeur du réseau pour tes cartes de visite. Le restaurateur te facture 0 EUR en cash, mais tu dois déclarer 2 000 EUR de revenus. L’imprimeur fait pareil.

WIR Bank : 90 ans de bartering — et 7 % de sa propre banque

La success story qu’on te raconte

Le WIR est le plus ancien système de bartering au monde. Fondé le 16 octobre 1934 à Zurich par 16 coopérateurs avec 42 000 CHF de capital, en pleine Grande Dépression (~95 000 chômeurs suisses). Le franc WIR (code ISO : CHW) est une vraie monnaie reconnue par la FINMA (le régulateur suisse). Environ 50 000 à 62 000 entreprises en sont membres.

L’effet le plus documenté : le WIR est contra-cyclique. Quand le crédit bancaire se contracte, le volume WIR augmente — un stabilisateur automatique démontré par Stodder (2009, JEBO) sur la période 1948-2003.

La réalité qu’on te cache

En 2024, le WIR ne représente plus que 7,7 % des créances hypothécaires et 8,3 % des dépôts de sa propre banque (Rapport annuel WIR Bank 2024). Toutes les métriques WIR sont en déclin : hypothèques CHW -5,9 %, prêts -9,2 %, dépôts -9,0 % sur un an.

La WIR Bank, elle, se porte brillamment : bénéfice record de 17,5 M CHF (+9,1 %), 6,6 milliards d’actifs. Mais ce bénéfice vient de l’activité classique en francs suisses, pas du bartering.

Indicateur WIR BankPart WIR (CHW)Part CHF classiqueTendance WIR
Hypothèques7,7 % (381 M CHW)92,3 %-5,9 %/an
Prêts clients13,2 %86,8 %-9,2 %/an
Dépôts clients8,3 %91,7 %-9,0 %/an
Bénéfice globalRecord 17,5 M CHF

Source : Rapport annuel WIR Bank 2024, Finews.com 07/02/2025

La raison ? Quand le franc suisse est abondant et les taux bas, le WIR perd son avantage comparatif. Le bartering est un outil de crise et de tension de liquidité — pas un produit pour des marchés bien capitalisés.

Le frais de transaction actuel est de 2 % sur les recettes WIR (Netzwerkbeitrag), plus 150 CHF/an de cotisation fixe (~155 EUR). Le taux d’intérêt sur le crédit instantané WIR est de… 0 %. L’hypothèque à valeur ajoutée WIR est à taux négatif (-0,5 %) — la banque te paie pour emprunter en WIR. C’est dire le niveau de désintérêt pour cette monnaie.

Sardex : le seul modèle qui marche vraiment

Si le WIR est le grand-père en déclin, Sardex est le petit-fils en pleine forme. Fondé en juillet 2009 en Sardaigne par quatre amis alors que le chômage atteignait 17-19 %, avec un investissement initial de 150 000 EUR.

Les chiffres qui parlent

Indicateur Sardex201020152023-2024
Membres237~3 000>45 000
Volume annuel~350 000 €~51 M€>142 M€
Cumulé>1 Md € (juillet 2024)
Vélocité~12 rotations/an

Sources : communiqué SardexPay 24/07/2024, Thomas Greco 2015

La vélocité est le chiffre le plus parlant. Un crédit Sardex circule 12 fois par an, contre 1,5 fois pour un euro classique. 1 million de crédits Sardex génèrent l’équivalent de 12 millions d’euros d’activité économique annuelle. C’est pas de la magie — c’est de la vitesse de circulation, mesurée académiquement (Iosifidis et al. 2018, Nature Human Behaviour).

Ce qui fait la différence : les courtiers humains

Sardex n’a pas d’algorithme. Il a des courtiers. Des facilitateurs professionnels qui appellent les entrepreneurs, identifient les opportunités d’échange, accompagnent l’intégration. Gabriele Littera, cofondateur : « Nous n’avons pas d’algorithme, juste des relations. »

Le modèle économique est à l’opposé de la concurrence :

ParamètreSardexFrance Barter (†)ITEX (USA)
Commission par transaction0 %10 % (5+5)8-15 %
Cotisation annuelle200-3 000 €235 € HTFrais mensuels variables
Coût pour 100 000 €/an d’échanges200-3 000 €10 235 €8 000-15 000 €
Courtier humainOui (central)Oui (animateur)Oui (dédié)

Sources : Motta 2017, IRTA, données publiques France Barter

Sardex est 5 à 10 fois moins cher que ses concurrents sur 100 000 EUR d’échanges. Pas de commission = pas de frein à la transaction. Les revenus viennent des cotisations annuelles, pas du volume.

Autre mécanisme clé : le contrôle du crédit. Chaque entreprise a une ligne de crédit limitée à ~1 % de son CA annuel, et un plafond positif de ~10 % du CA — pour empêcher l’accumulation. Remboursement en euros après 12 mois de solde négatif. Poursuites judiciaires contre les mauvais payeurs. 58 grilles tarifaires testées avant de trouver la bonne. Le bartering qui marche, c’est du calibrage obsessionnel — pas de l’improvisation.

Le seuil de viabilité identifié : ~600 entreprises par réseau. En dessous, la diversité sectorielle est insuffisante — tes crédits deviennent inexploitables parce que personne ne vend ce dont tu as besoin. Sardex a atteint ce seuil en ~3 ans (237 → 3 000 membres entre 2009 et 2015).

Impact COVID : +88 % de nouveaux abonnés, +38 % de CA à partir d’avril 2020. Contra-cyclique, comme le WIR dans ses meilleures années.

Les cadavres : France Barter, ITEX, et les 75 % d’échecs

France Barter : liquidée, et personne n’en a parlé

Tu cherches la boîte qui faisait du bartering en France ? Elle a fait faillite le 9 septembre 2025. Liquidation pour insuffisance d’actif. SIREN 804571818. Et strictement aucun média n’en a parlé.

Chronologie :

  • 2014 : fondation par Samuel Cohen et Arthur Bard. SCIC. Investissement Crédit Coopératif.
  • 2016 : levée WiSEED de 150 000 EUR auprès de 120 investisseurs.
  • 2018 : pic à ~1 300 membres organiques (~1 600 avec l’acquisition de Jacoop). Modèle : 5 % acheteur + 5 % vendeur = 10 % de commission, plus 235 EUR HT d’abonnement.
  • 2021 : sortie du statut coopératif, conversion en SAS, renommée KORP (JORF : JORFTEXT000043763993).
  • 2023 : redressement judiciaire (7 juin), puis liquidation (25 août).
  • 2025 : clôture pour insuffisance d’actif (9 septembre).

Il n’existe plus aucune plateforme majeure de bartering B2B en France au 1er mars 2026.

Le diagnostic : 10 % de commission tuent le volume. À ce tarif, 100 000 EUR d’échanges coûtent 10 235 EUR — contre 3 000 EUR chez Sardex. Et 1 300 membres répartis sur toute la France n’atteignent pas la densité critique de 600 entreprises par zone géographique. La masse critique locale n’a jamais été atteinte.

ITEX : quand le bartering attire la fraude

ITEX, le plus gros opérateur de bartering coté en bourse aux USA (24 000-25 000 membres, 250 M$ de volume déclaré), a connu un scandale SEC majeur : entre 1994 et 1997, 43 à 60 % des transactions étaient fictives (SEC LR-16437, 4 février 2000).

Le problème est structurel : dans un système où les actifs échangés sont des services difficilement valorisables (combien vaut vraiment un « conseil en marketing » ?), la tentation de gonfler les valeurs est considérable. Sans contrôle strict de la valorisation et du crédit — le modèle Sardex, justement — le bartering devient un aimant à fraude.

Le bilan académique : 75 % d’échec

Michel & Hudon (2015, Ecological Economics) : « Seul un quart des monnaies communautaires augmentent les revenus de leurs membres. »

Les 25 % qui marchent partagent cinq conditions simultanées :

  1. Masse critique ≥ 600 entreprises par réseau
  2. Diversité sectorielle suffisante (Bartercard cible 700+ catégories)
  3. Courtiers humains (Sardex = 12 rotations/an ; LETS sans courtiers = vélocité ~0)
  4. Contrôle centralisé du crédit (le Trueque argentin a implosé faute de contrôle — 2,5 millions de participants au pic, 80-90 % des clubs fermés en quelques mois)
  5. Gouvernance stricte et confiance institutionnelle

Si une seule condition manque, le système meurt. Le bartering n’est pas une idée géniale qui marche toute seule — c’est un outil de niche qui exige un design institutionnel très précis.

Bartering au Maroc : triple verrou, zéro précédent

Si tu veux lancer un réseau de bartering au Maroc, sache qu’il y a trois verrous réglementaires simultanés. En Italie, quatre amis dans un garage ont lancé Sardex. Au Maroc, il te faudrait l’accord de Bank Al-Maghrib, de l’Office des Changes et de la DGI. Et aucun des trois n’a jamais vu un dossier « bartering ».

Verrou 1 : la loi bancaire

La loi 103-12 (24 décembre 2014) définit les moyens de paiement de façon très large : « tous les instruments qui, quel que soit le support ou le procédé technique utilisé, permettent à toute personne de transférer des fonds » (art. 6, L. 103-12). Un système de crédits de bartering multilatéral nécessiterait très probablement un agrément d’établissement de paiement auprès de Bank Al-Maghrib.

Coût estimé de la procédure d’agrément : 500 000 à 2 000 000 MAD (46 000 à 185 000 EUR). Délai : 6 à 18 mois. Aucun précédent de ce type au Maroc. Les frais d’agrément incluent le dossier de conformité, l’audit des systèmes de paiement et le capital minimum réglementaire (art. 18, L. 103-12). L’estimation est basée sur les coûts observés pour les établissements de paiement classiques.

Verrou 2 : l’Office des Changes

L’Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC 2026) impose que tout règlement au profit de non-résidents passe par les banques intermédiaires agréées (art. 7 IGOC 2024). Un bartering transfrontalier Maroc-France est juridiquement interdit : la circulation de crédits entre résidents marocains et non-résidents français constituerait un transfert de valeur échappant aux intermédiaires agréés.

L’Office des Changes a qualifié les monnaies virtuelles d’« infraction à la réglementation des changes » (communiqué novembre 2017). Les sanctions pénales sont sévères : emprisonnement d’un mois à cinq ans et amendes jusqu’à 1 000 000 MAD (Dahir du 30 août 1949).

Verrou 3 : la DGI

Aucune note circulaire DGI spécifique au bartering n’a été identifiée. La TVA s’applique sur la valeur vénale de chaque opération (art. 96 CGI-MA, Note circulaire 717). Chaque échange est traité comme une double livraison — deux faits générateurs de TVA distincts. Le risque : un contrôleur fiscal non familier du bartering qui requalifie les échanges ou conteste les valorisations.

La seule architecture viable

ArchitectureCoût estiméFaisabilité
Système unitaire Maroc+FranceN/AInterdit (IGOC, art. 7-9)
Deux systèmes étanches + passerelle OCx3-5 du coût mono-paysAucun précédent
Système 100 % marocain, diaspora investit en MADx1 (référence)Seul viable à court terme

Un système 100 % marocain, ciblant les PME en tension de trésorerie, avec un volet diaspora limité à l’investissement en dirhams — pas à la circulation de crédits transfrontaliers. C’est le seul montage réaliste.

Combien ça coûte de lancer un réseau de bartering

Le différentiel de coût entre lancer un Sardex en Italie et un équivalent au Maroc est de l’ordre de x5 à x10, principalement à cause de l’agrément BAM.

PosteSardex (Italie, 2009)Estimation Maroc
Agrément bancaire/paiementNon requis~500 000-2 000 000 MAD (46 000-185 000 EUR)
Plateforme tech (MVP)Inclus dans les 150 000 €~300 000 MAD (27 780 EUR)
3 courtiers × 12 moisInclus~216 000 MAD (20 000 EUR)
Locaux + fonctionnement 12 mois~180 000 MAD (16 670 EUR)
Marketing lancement~120 000 MAD (11 110 EUR)
Total année 1~150 000 EUR~1 400 000 MAD (128 000 EUR) sans agrément
~2 900 000 MAD (268 000 EUR) avec agrément haut

Taux : 1 EUR ≈ 10,8 MAD (mars 2026)

Le seuil de rentabilité sur cotisations seules (200 membres × 3 000 MAD/an = 600 000 MAD de revenus) ne couvre pas les charges de la première année. Il faut ~460 membres à 3 000 MAD/an pour équilibrer — soit 18 à 24 mois au rythme Sardex. Cash-burn estimé avant rentabilité : 70 000-80 000 EUR.

Cas pratique : Moussa — Lancer une plateforme de bartering entre PME africaines

Cas pratique : Moussa — Lancer un réseau de bartering à Casablanca

Moussa, 33 ans, consultant tech à Paris. Franco-sénégalais, il fait régulièrement le pont entre des PME françaises et des entreprises ouest-africaines et marocaines. Il voit le vide laissé par la mort de France Barter et la tension de trésorerie permanente des PME marocaines.

Son projet : créer une plateforme SaaS de bartering B2B en mode white-label, vendable à des opérateurs locaux au Maroc et en Afrique de l’Ouest. L’astuce : c’est l’opérateur local qui porte le risque réglementaire (agrément BAM), pas la plateforme tech.

PosteInvestissement (MAD)Investissement (EUR)
Développement MVP (6 mois)440 00040 000
Hébergement + infra cloud 12 mois55 0005 000
Recrutement 1 développeur Casablanca132 00012 000
Marketing + prospection opérateurs110 00010 000
Total année 1737 00067 000

Revenus potentiels (hypothèse 3 réseaux actifs à 600 PME) :

  • Cotisations réseau : 3 à 5,4 M MAD/an (278 000-500 000 EUR)
  • Part plateforme SaaS (15-20 %) : 450 000-1 080 000 MAD/an (41 700-100 000 EUR)

Résultat : le modèle SaaS contourne le problème d’agrément BAM — c’est l’opérateur local qui gère. Moussa évite le risque réglementaire et le risque opérationnel du courtage. Le marché en Afrique du Nord est quasi inexistant aujourd’hui — il serait pionnier, avec le risque d’être trop tôt.

Cas pratique : Karim — Évaluer le bartering comme canal d’investissement

Karim, 35 ans, cadre tech à Paris. Il veut investir au Maroc en préparant son retour. Il compare un investissement immobilier classique et une prise de participation dans un réseau de bartering.

CritèreInvestissement immobilierInvestissement bartering
Mise initiale550 000 MAD (50 000 EUR)110 000-330 000 MAD (10 000-30 000 EUR, part associé)
Rendement attendu4-6 % brut locatif0 % année 1-2, puis participation aux cotisations
LiquiditéFaible (vente immo, délais ~3-6 mois)Très faible (marché secondaire inexistant)
Frais réglementairesNotaire + enregistrement ~7-8 %Agrément BAM (incertain)
Risque principalMarché immo, vacanceRéglementaire (BAM), masse critique non atteinte
Lien avec retourIndirect (logement)Direct (réseau de 600+ entreprises)

Résultat : pour Karim, le bartering n’est pas un investissement financier classique — c’est un investissement relationnel. Le rendement financier direct est très incertain, mais la construction d’un réseau de 600+ entreprises marocaines avant le retour a une valeur immatérielle considérable.

📌 Le réflexe Moriginal : ne mets jamais plus de 15-20 % de ton budget d’investissement dans un projet sans cadre réglementaire clair. Le bartering au Maroc reste un pari — brillant si ça prend, ruineux si BAM dit non.

Traitement fiscal : ce que tu paies, pays par pays

Le bartering ne crée aucun avantage fiscal. Dans tous les pays étudiés, c’est traité comme du cash.

PaysTraitement fiscalTexte de référenceObligation spécifique
USATrade dollars = revenu imposable (FMV)TEFRA 1982, IRS Topic 420Form 1099-B pour bourses >100 tx/an
FranceÉchange = double vente, TVA sur FMVArt. 266-1-a CGI, BOFiP 2012Facturation croisée obligatoire
SuisseWIR = monnaie reconnue (ISO CHW)FINMAComptabilité bancaire standard
ItalieTVA en euros sur chaque opérationDroit commun TVATransparence totale réseau
MarocDouble livraison, TVA sur valeur vénaleArt. 96 CGI-MA, NC 717Aucun formulaire spécifique, aucun rescrit

Sources : IRS, BOFiP BOI-TVA-BASE-10-20-30 (12/09/2012), DGI marocaine

Ce qu’on te dit pas : le seul pays avec un cadre déclaratif structuré pour le bartering, c’est les USA (Form 1099-B, catégorie « bartering »). Tous les autres, y compris le Maroc, appliquent le droit commun par analogie. Ça fonctionne — mais un contrôleur fiscal marocain qui n’a jamais vu un dossier « bartering » peut te compliquer la vie. Demander un rescrit à la DGI avant de lancer serait le minimum.

Questions fréquentes

C’est quoi la différence entre bartering et troc ?

Le troc, c’est toi qui donnes ton téléphone contre la veste de ton voisin — il faut que les deux aient ce que l’autre veut, au même moment. Le bartering organisé élimine ce problème : tu vends à n’importe quel membre du réseau, tu gagnes des crédits, et tu achètes auprès de n’importe quel autre. Le système le plus ancien (WIR) fonctionne depuis 1934. Le plus dynamique (Sardex) brasse 142 M€/an. C’est un système bancaire interne — pas du troc de billes.

Si je fais du bartering au Maroc, je paie la TVA ?

Oui. L’échange en nature est traité comme une double vente (art. 96 CGI-MA). La TVA à 20 % s’applique sur la valeur de marché de ce que tu donnes ET de ce que tu reçois. Le bénéfice est imposable à l’IS ou l’IR au taux de droit commun. C’est identique au traitement en France (art. 266-1-a CGI), aux USA et en Italie. Aucun pays au monde n’exempte le bartering de l’impôt.

Je peux créer un réseau de bartering entre la France et le Maroc ?

En l’état actuel, non. L’IGOC interdit la compensation privée internationale — exactement le mécanisme d’un bartering transfrontalier. La loi bancaire 103-12 exige un agrément BAM pour tout système multilatéral avec unité de compte. La seule voie théorique serait deux systèmes complètement séparés avec une passerelle autorisée par l’Office des Changes — un montage jamais tenté et dont la complexité est dissuasive.

Combien de membres il faut pour que ça fonctionne ?

Le seuil identifié par Sardex est d’environ 600 entreprises par réseau. En dessous, la diversité sectorielle est insuffisante : tes crédits deviennent inexploitables. Les LETS (50-150 membres) sont quasi tous dormants. France Barter avec 1 300 membres sur toute la France n’a pas atteint la viabilité. Sardex a décollé à 600 entreprises concentrées en Sardaigne — la densité géographique crée la densité d’échanges.

France Barter existe encore ?

Non. Liquidée pour insuffisance d’actif le 9 septembre 2025 (SIREN 804571818). Rebaptisée KORP en 2021, redressement judiciaire en juin 2023, liquidation en août 2023, clôture définitive en septembre 2025. Les sites francebarter.com et korp.co sont inactifs. Il n’existe plus aucune plateforme majeure de bartering B2B en France.

Conclusion

  • Le bartering B2B fonctionne quand cinq conditions sont réunies : 600+ membres, diversité sectorielle, courtiers humains, contrôle du crédit, gouvernance stricte. Sardex le prouve avec 142 M€/an. 75 % des systèmes qui ne les réunissent pas échouent.
  • Au Maroc, le triple verrou réglementaire (loi 103-12, IGOC, absence de cadre DGI) rend le lancement possible mais risqué — viable uniquement en 100 % marocain, sans composante transfrontalière, et avec un budget agrément BAM conséquent.

Pour le guide complet : 60 % des MRE veulent investir, 15 % le font : pourquoi ?

Pour aller plus loin


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À propos de l’auteur

Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.

À propos de Moriginals

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Historique des mises à jour :

  • Mars 2026 : Publication initiale

Questions fréquentes

Le bartering B2B, c'est du troc ?

Non. Le bartering B2B organisé fonctionne comme un crédit mutuel multilatéral : tu vends à n'importe quel membre du réseau, tu gagnes des crédits, tu achètes auprès de n'importe quel autre membre. 1 crédit = 1 unité de monnaie nationale. C'est plus proche d'une banque coopérative que du troc.

Pourquoi le WIR suisse est-il en déclin malgré 90 ans d'existence ?

Le WIR ne représente plus que 7,7 % des hypothèques de sa propre banque (rapport annuel 2024). Quand le crédit bancaire est abondant et les taux bas, le bartering perd son avantage comparatif. C'est un outil de crise et de tension de liquidité, pas un produit pour marchés bien capitalisés.

Sardex génère vraiment 142 millions d'euros par an ?

Oui. Sardex compte plus de 45 000 utilisateurs en Italie avec un cumul dépassant 1 milliard d'euros (juillet 2024). La clé de son succès : 0 % de commission par transaction (vs 10 % chez France Barter), des courtiers humains, et une vélocité de 12 rotations/an par crédit.

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Yazid El-Wali

Fondateur de Moriginals. Formation en gestion des instruments financiers, programme Goldman Sachs "10,000 Small Businesses" (ESSEC). Ancien banquier et expert-comptable, fondateur de plusieurs CFA en France.