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Transferts MRE : la France perd du terrain, qui monte ?

France -1,4 pt, Arabie Saoudite +47 %. La carte des transferts MRE se redessine en profondeur. Données 2023-2025, corridors émergents, coûts par pays.

Par Yazid El-Wali 16 mars 2026 13 min de lecture
Amina, 30 ans — Transferts MRE la France perd du terrain, qui monte ?
Amina, 30 ans — Transferts MRE la France perd du terrain, qui monte ?

Transferts MRE : la France perd du terrain, qui monte ?

La France est encore le premier émetteur de transferts vers le Maroc. Mais sa part a chuté de 32,2 % à 30,8 % en un an — pendant que l’Arabie Saoudite bondissait de +47 %, les EAU de +25 % et le Canada de +37 % (Office des Changes, rapport annuel 2023). Les MRE envoient plus de 122 milliards de dirhams par an au Maroc, un record absolu. Sauf que la carte de cette manne se redessine sous nos yeux. Et personne n’en parle vraiment.

122 milliards de dirhams : la machine à devises qui ne s’arrête jamais

Les transferts MRE ont atteint un nouveau record en 2025 : plus de 122 MMDH, soit environ 12,8 milliards de dollars (Office des Changes, bulletin début 2026). C’est un quasi-doublement en cinq ans — 68 MMDH en 2020, 95 MMDH en 2021, 110 MMDH en 2022, 115 MMDH en 2023, ~119 MMDH en 2024.

AnnéeMontant (MMDH)VariationPart du PIB
202068,1+4,9 %~6,4 %
202195,5+40,1 %~7,8 %
2022110,8+16,0 %~8,0 %
2023115,3+4,1 %~8,2 %
2024~119+3,3 %7,7-7,8 %
2025122++2,6 %~7,7 %

(Sources : Office des Changes, rapports annuels BdP ; La Vie éco ; FNH, janvier-février 2026)

Ces 122 milliards font des transferts MRE la première source de devises du pays, devant le tourisme (112,5 MMDH en 2024) et les investissements directs étrangers (43,2 MMDH bruts). À eux seuls, les transferts MRE couvrent 38,4 % du déficit commercial marocain (Office des Changes). Avec le tourisme, on monte à 75 %.

Le bond de 2021 : une illusion d’optique ?

Le +40 % de 2021 a fait les gros titres. Mais une grande partie de cette hausse s’explique par un basculement de l’informel vers le formel : le Covid a fermé les frontières, les agences physiques, les valises de cash. Les MRE qui transportaient de l’argent en liquide sont passés au virement. La hausse réelle des envois est significative, mais pas de 40 %. Aucune étude n’a encore quantifié la part structurelle de cette formalisation (KNOMAD, Migration & Development Brief 37-40).

Ce qui est en revanche indiscutable : les transferts MRE sont contra-cycliques. Quand le Maroc souffre — Covid, séisme d’Al Haouz, sécheresse — les envois augmentent. Le tourisme s’effondre à 37 MMDH en 2020 pendant que les MRE montent à 68 MMDH. C’est la source de devises la plus résiliente du pays.

Le mythe du « 12e rang mondial »

Tu as sûrement lu que le Maroc est au « 12e rang mondial » des transferts. C’est faux. Le Maroc se situe au 17e-19e rang mondial tous pays confondus (Banque Mondiale/KNOMAD ; IFAD). Le « 12e rang » vient d’une confusion entre le classement des pays à faible et moyen revenu (où le Maroc est 13e-15e) et le classement mondial total. La presse marocaine recycle ce chiffre en boucle fermée.

Pour se situer : l’Inde reçoit 129-137 Mds $, le Mexique ~67 Mds $, les Philippines ~40 Mds $. Le Maroc avec ses ~12,9 Mds $ est le 2e récipiendaire de la région MENA, derrière l’Égypte (22,7 Mds $ selon la Banque Mondiale).

📌 Le réflexe Moriginal : quand tu vois « 12e rang mondial » dans un article sur les MRE, c’est un indicateur de fiabilité. Si le média ne vérifie pas ce chiffre basique, méfie-toi du reste.

La France recule : -1,4 point, et la tendance est lourde

La France reste le premier émetteur de transferts MRE. Mais sa domination s’érode.

Pays d’originePart 2022Part 2023VariationMontant estimé 2023 (MMDH)
France32,2 %30,8 %-1,4 pt~35,5
Espagne13,4 %12,6 %-0,8 pt~14,5
Arabie Saoudite7,6 %10,7 %+3,1 pt~12,4
Italie11,5 %9,2 %-2,3 pt~10,6
États-Unis~5 %~5-6 %+11,3 %~6-7
EAU~3 %~3-4 %+24,8 %~4-5
Belgique~3-4 %~3-4 %Stable~3-4
Pays-Bas~2-3 %~2-3 %Stable~2-3
Canada~1-2 %~2 %+37 %~2

(Source : Office des Changes, rapport annuel 2023 ; confirmé par Le Matin, Hespress, La Vie éco, H24info)

Trois signaux dans ce tableau :

1. L’Europe s’érode en bloc. La France (-1,4 pt), l’Espagne (-0,8 pt) et l’Italie (-2,3 pt) reculent. L’Europe totale passe d’environ 70 % à 65-68 % des flux. Ce n’est pas un accident conjoncturel — c’est un mouvement structurel.

2. Le Golfe monte en puissance. L’Arabie Saoudite passe de 7,6 % à 10,7 % (+3,1 points en un an), les EAU progressent de +24,8 %. Si la tendance saoudienne se maintient à +3 points par an, l’Arabie Saoudite dépasserait l’Espagne (12,6 %) comme 2e émetteur avant 2026, et pourrait menacer la France à l’horizon 2030.

3. L’Amérique du Nord décolle. Le Canada affiche un TCAM de +28 %/an, voire +37 % en 2023. Les États-Unis progressent de +11,3 %. La diaspora marocaine s’y installe, et les flux suivent.

Ce qu’on ne te dit pas : l’explication du bond saoudien

Le +47 % de l’Arabie Saoudite en un an est le signal le plus fort de recomposition géographique. Mais personne ne sait exactement pourquoi.

Trois hypothèses coexistent :

  • Hausse réelle des effectifs MRE au Golfe — la marocanisation de secteurs professionnels saoudiens (Vision 2030) attire des cadres et travailleurs marocains
  • Basculement informel → formel — comme en Europe en 2020-2021, le cash physique cède la place au virement
  • Effet de change — la dépréciation relative de l’euro face au dollar (le riyal est indexé sur le dollar) gonfle les montants en dirhams

La réponse est probablement un mélange des trois. Ce qui est certain : la presse marocaine n’a pas encore pris la mesure de ce basculement.

Le Golfe : les corridors les moins optimisés du marché

La montée du Golfe dans les transferts MRE pose un problème concret : les corridors Golfe→Maroc sont moins compétitifs que le corridor France→Maroc.

Le corridor France→Maroc est l’un des plus étudiés au monde par la Banque Mondiale (Remittance Prices Worldwide, RPW). Il bénéficie de la concurrence entre banques marocaines en ligne (Attijariwafa : 1,55 %), fintechs (TapTap Send : 2,03 %), opérateurs traditionnels (WU Online : 2,28 %) et transfer digitaux (Wise : ~1,3 %) (RPW Issue 53, Q1 2025).

Le corridor Arabie Saoudite→Maroc n’a pas cette concurrence. Moins de fintechs, moins de banques marocaines avec filiales locales, plus de recours aux agences physiques. Le MRE au Golfe paie probablement plus cher que le MRE en France pour envoyer le même montant — et il n’a pas les mêmes alternatives digitales.

CorridorCoût moyen estiméCanal le moins cherAlternatives digitales
France→Maroc~5,5 % (tous canaux)Attijariwafa en ligne : 1,55 %Wise, TapTap Send, TransferGo, WU Online
Espagne→Maroc~3,87 %Fintechs digitalesTapTap Send, Wise, Remitly
Arabie Saoudite→MarocNon publié (estimé > 5 %)Banques localesMoins d’options digitales
EAU→MarocNon publiéExchange housesOptions limitées
Canada→MarocNon publiéFintechsWise, Remitly

(Sources : RPW Issue 53, Q1 2025 ; RemitSCOPE ; estimations)

⚠️ Attention : les coûts des corridors Golfe→Maroc ne sont pas publiés dans le RPW de la Banque Mondiale. Les estimations ci-dessus sont indicatives. Un nouveau diagnostic RemitSCOPE Maroc est en cours de production par l’IFAD.

L’observation contre-intuitive : un MRE en Belgique paie moins cher (~4,9 %) qu’un MRE en France (~5,5 %) pour envoyer vers le Maroc, alors que la France est le 1er émetteur avec 30,8 % des flux (RemitSCOPE). Le volume ne fait pas baisser les prix — la concurrence digitale si.

La menace CRD VI sur le canal le moins cher

Les MRE qui envoient via Attijariwafa Bank en ligne (1,55 %, le canal le moins cher du corridor France→Maroc) passent par une filiale européenne de la banque marocaine. La Directive européenne CRD VI (2024/1619), entrée en vigueur le 10 janvier 2026, menace le modèle d’intermédiation de ces filiales (Maroc-Hebdo). Bank Al-Maghrib a constitué une task force pour négocier avec les autorités européennes.

Concrètement : si CRD VI force le démantèlement ou la restructuration de ces filiales, le canal le moins cher du marché pourrait disparaître ou se renchérir. C’est une menace directe sur ton portefeuille, déclenchée par une réglementation européenne dont personne dans la diaspora n’a entendu parler.

Les 75 % qui ne changent pas : où va l’argent ?

La carte géographique se redessine, mais l’utilisation des transferts reste figée depuis vingt ans.

AffectationPart estiméeDétail
Consommation courante~75 %Alimentation, santé, éducation des familles
Épargne bancaire~15 %Dépôts MRE : 185,9 MMDH fin 2021
Investissement total~10 %Dont ~80 % immobilier
→ Investissement productif~2 %Commerce, services, petite industrie

(Sources : Pr Hassan Edman/FNH sept. 2024 ; ex-ministre Benchaaboun ; ENMI 2018-19)

122 milliards de dirhams par an. Et 2 % vers l’investissement productif. Ce ratio n’a pratiquement pas bougé depuis les premières mesures il y a vingt ans (enquête nationale 2005, chiffres convergents jusqu’en 2024). Vingt ans de dispositifs d’incitation — MDM Invest, MDM Tamwil, conventions bilatérales — n’ont rien changé.

Le dispositif MDM Tamwil, relancé en juillet 2024 via Tamwilcom, offre une contribution non remboursable de 10 % du projet (plafonnée à 5 MDH) pour les projets à partir de 1 MDH, avec un apport fonds propres minimum de 20 %. Il est historiquement sous-utilisé (Office des Changes ; Tamwilcom).

La plateforme Jalia Invest a été annoncée en janvier 2026 par le MICEPP (ministre Karim Zidane). En février 2026, elle n’est pas opérationnelle : le site jaliainvest.ma n’est pas en ligne (Aujourd’hui le Maroc, 15 janvier 2026).

La dimension genrée que personne ne couvre

Plus de 50 % des bénéficiaires des transferts MRE sont des femmes : mères (38,1 %), épouses (17,5 %) (ENMI 2018-19 ; HCP 2020/IFAD). Les femmes gèrent l’argent côté réception. Mais côté investissement, l’écart est brutal : 1,8 % des femmes migrantes ont investi au Maroc, contre 3,4 % des hommes (Médias24 ; L’Économiste). L’écart d’inclusion financière au Maroc est de 23 points entre hommes et femmes (Findex 2021).

Les dispositifs existants (MDM Tamwil, Jalia Invest) ne ciblent pas spécifiquement les femmes MRE. La machine à devises la plus puissante du Maroc a un angle mort genré.

Ce que la recomposition change pour toi

La recomposition géographique des transferts MRE n’est pas qu’une statistique. Elle a des implications concrètes.

1. Si tu es en France : tu n’es plus le profil unique

Pendant des décennies, le « MRE type » était un homme, d’origine rurale, installé en France depuis les années 1960-70. Ce profil pèse encore — mais il est rejoint par des cadres au Golfe, des freelances au Canada, des binationaux en Amérique du Nord. Le CCME (Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger) est historiquement tourné vers l’Europe. La recomposition l’oblige à repenser sa couverture.

2. Si tu es au Golfe : tes corridors sont sous-optimisés

Le MRE en Arabie Saoudite ou aux EAU paie probablement plus cher que le MRE en France ou en Espagne. Peu de fintechs couvrent les corridors Golfe→Maroc avec la même compétitivité. Wise fonctionne depuis les EAU mais les options depuis l’Arabie Saoudite sont plus limitées. C’est un marché de croissance pour les opérateurs — mais en attendant, c’est toi qui paies.

3. Les canaux vont s’adapter

Le projet DigitRemit Maroc (UE + FIDA), lancé en janvier 2025, vise à réduire les coûts sous 3 % conformément à l’objectif ODD 10.c (IFAD). Revolut a nommé Amine Berrada directeur Maroc en juillet 2025 et soumis une demande d’agrément à BAM (Challenge.ma ; Yabiladi). L’entrée de nouveaux acteurs devrait faire baisser les coûts — mais d’abord sur les corridors les plus compétitifs (France, Espagne), pas sur les corridors émergents (Golfe, Canada).

4. La fenêtre 2025-2030 est unique

Quatre réformes convergent pour la première fois :

  • IGOC 2026 : quotité immobilière à 80 %, suppression de la limite du nombre de biens, régime déclaratif (Office des Changes)
  • Ciblage d’inflation : année pilote 2026, lancement janvier 2027, bandes ±5 % maintenues (Médias24 ; BAM)
  • CRD VI européenne : menace potentielle sur les filiales bancaires marocaines en Europe (entrée en vigueur janvier 2026)
  • DigitRemit : objectif coûts < 3 % (IFAD, 2024-2028)

Les conditions d’envoi, de réception et d’utilisation des transferts bougent simultanément. Le MRE qui comprend ce moment a un avantage stratégique.

Cas pratiques chiffrés

Cas pratique : Amina — MRE 2e génération à Lyon, elle compare les corridors

Amina, 30 ans, analyste financière à Lyon, envoie 400 €/mois à ses parents à Meknès. Sa cousine Leïla, ingénieure à Riyadh, envoie le même montant. Amina utilise TapTap Send, Leïla passe par une exchange house locale.

CorridorCanalCoût estimé (%)Coût mensuel (€)Coût annuel (€)Coût annuel (MAD)
France→MarocTapTap Send2,03 %8,1297,441 072
France→MarocWise~1,3 %5,2062,40686
Arabie Saoudite→MarocExchange house (est.)~5-6 %20-24240-2882 640-3 168

Résultat : Leïla paie 2,5 à 3 fois plus qu’Amina pour envoyer le même montant au même endroit. Sur 10 ans, l’écart atteint 14 000 à 22 000 MAD (1 300 à 2 000 €). Et Leïla fait partie du corridor à +47 % de croissance — celui qui est le moins optimisé.

⚠️ Attention : les coûts du corridor Arabie Saoudite→Maroc sont des estimations. Les données officielles ne sont pas disponibles dans le RPW. Le coût réel dépend de l’opérateur et du mode de réception.

Cas pratique : Sofia — Conjointe suédoise, corridor Scandinavie→Maroc

Sofia, 38 ans, travailleuse sociale à Stockholm, mariée à Ahmed. Elle envoie 200 €/mois aux parents d’Ahmed à Kénitra. Le corridor Suède→Maroc est un corridor mineur, peu couvert par les études de coûts.

CanalCoût estimé (%)Coût mensuel (€)Coût annuel (€)Coût annuel (MAD)
Wise~1,5 %336396
Banque SWIFT classique~8-10 %16-20192-2402 112-2 640
WU agence physique~10-13 %20-26240-3122 640-3 432

Résultat : sur un corridor mineur comme Suède→Maroc, l’écart entre le digital et l’agence est encore plus marqué que sur France→Maroc. Wise reste l’option la moins chère, mais le réseau de retrait côté marocain ne fonctionne qu’en virement bancaire — les parents d’Ahmed doivent avoir un compte. Si ce n’est pas le cas, TapTap Send ou Remitly (retrait cash via Wafacash ou Cash Plus) sont des alternatives à ~3-4 %.

📌 Ce qu’on te dit pas : les corridors les plus chers sont les corridors les moins étudiés. Si tu envoies depuis la Scandinavie, l’Allemagne ou l’Europe de l’Est, les données de coûts sont rares. Le nouveau diagnostic RemitSCOPE Maroc (IFAD/PRIME Africa) en cours inclura pour la première fois les données demand-side pour le corridor Allemagne→Maroc.

Tableaux comparatifs

Transferts MRE vs autres sources de devises (2024)

SourceMontant (MMDH)Part du total
Transferts MRE117,7-11943,2 %
Tourisme112,541,2 %
IDE bruts43,215,8 %
Total~273100 %

(Source : Office des Changes, rapports 2024)

Les transferts MRE dépassent le tourisme de 5 à 6,5 MMDH. L’écart se creuse chaque année. Et contrairement au tourisme, les transferts ne dépendent ni de la saison, ni de la conjoncture politique, ni d’une pandémie.

Coût des transferts par type de canal (mondial, Q1 2025)

CanalCoût moyen mondialCorridor France→Maroc
Banques SWIFT14,55 %~6,5 %
Opérateurs (MTOs)5,91 %2,28-13 % (selon agence/online)
Fintechs digital-only3,55 %1,3-2,5 %
Mobile money3,63 %N/A
Cible ODD 10.c (2030)3 %Atteinte en digital, pas en agence

(Source : RPW Issue 53, Q1 2025 ; RemitSCOPE)

La moyenne mondiale est à 6,49 %, en baisse par rapport à 2024 mais encore très loin de la cible ODD de 3 %. Seuls les canaux digitaux (fintechs, banques en ligne) s’approchent de l’objectif — et uniquement sur les corridors les plus compétitifs.

Questions fréquentes

La France va-t-elle rester le premier émetteur de transferts MRE ?

À court terme, oui. La France concentre encore 30,8 % des flux et la plus grande communauté MRE historique. Mais sa part baisse chaque année (-1,4 pt entre 2022 et 2023), pendant que l’Arabie Saoudite et les EAU montent. Si la tendance actuelle se maintient, la France garderait le premier rang pendant au moins 5 à 10 ans, mais l’Europe dans son ensemble passerait sous les 60 % des flux des 2027-2028 (Office des Changes, rapport annuel 2023 ; projections par extrapolation).

L’Arabie Saoudite peut-elle devenir le 2e émetteur devant l’Espagne ?

C’est probable à court terme. L’Arabie Saoudite est passée de 7,6 % à 10,7 % en un an (+3,1 points), contre 12,6 % pour l’Espagne (-0,8 pt). Si les tendances se maintiennent, le croisement pourrait intervenir des 2024-2025. Mais attention : une partie du bond saoudien pourrait être conjoncturelle (formalisation, effet de change), et non purement structurelle (Office des Changes ; KNOMAD).

Les transferts depuis le Golfe coûtent-ils plus cher que depuis la France ?

Probablement oui, mais les données manquent. Le RPW de la Banque Mondiale ne publie pas de moyenne pour les corridors Golfe→Maroc. Les exchange houses locales pratiquent des marges de change opaques. Les fintechs comme Wise couvrent les EAU mais l’Arabie Saoudite est moins bien desservie. Le projet DigitRemit (IFAD, 2024-2028) devrait améliorer la transparence des coûts sur ces corridors (RPW Issue 53 ; IFAD).

Pourquoi les transferts MRE augmentent-ils quand le Maroc traverse une crise ?

Les transferts MRE sont contra-cycliques : ils montent en période de crise. Hausse de +4,9 % en 2020 malgré le Covid, hausse après le séisme d’Al Haouz en 2023, hausse pendant les sécheresses. Quatre facteurs : la solidité des marchés du travail européens, le comportement solidaire des MRE envers leurs familles, le basculement de l’informel vers le formel post-Covid, et les dispositifs de protection sociale européens qui maintiennent les revenus MRE (KNOMAD, Migration & Development Briefs 37-40, 2022-2024).

Les 122 milliards de transferts MRE, ça sert surtout à quoi ?

Environ 75 % financent la consommation courante des familles (alimentation, santé, éducation), 15 % alimentent l’épargne bancaire, et ~10 % vont à l’investissement — dont 80 % dans l’immobilier. À peine 2 % financent de l’investissement productif. Ce ratio n’a pas évolué en vingt ans malgré les dispositifs gouvernementaux. Les transferts MRE fonctionnent comme une perfusion : ils maintiennent en vie sans créer de croissance productive (Pr Edman/FNH sept. 2024 ; ENMI 2018-19).

Conclusion

  • La carte des transferts MRE se redessine : l’Europe recule (-2 à -5 points), le Golfe monte (+3,1 pt pour l’Arabie Saoudite seule), l’Amérique du Nord décolle (+37 % pour le Canada). Cette recomposition change les profils, les corridors et les coûts.
  • Les corridors les plus dynamiques sont les moins optimisés : le MRE au Golfe ou au Canada paie probablement plus cher que celui en France ou en Espagne, avec moins d’alternatives digitales. Le moment est unique — quatre réformes convergent (IGOC 2026, ciblage d’inflation, CRD VI, DigitRemit) — mais les bénéfices arriveront d’abord sur les corridors déjà compétitifs.

Pour le guide complet : 60% des MRE veulent investir, 15% le font : pourquoi ?

Pour aller plus loin


À propos de l’auteur

Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.

À propos de Moriginals

Moriginals n’est pas un cabinet de conseil. Cet article est rédigé à titre informatif. Pour un conseil personnalisé, consulte un professionnel habilité.


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L’Arabie Saoudite +47 %, la France -1,4 pt. La carte des transferts MRE se redessine — et les corridors les plus dynamiques sont les plus chers. Les vrais chiffres ici 👇 Lis l’article complet : [URL de l’article]

Questions fréquentes

La France va-t-elle rester le premier émetteur de transferts MRE ?

À court terme oui, avec 30,8 % des flux. Mais sa part baisse chaque année (-1,4 pt entre 2022 et 2023), pendant que l'Arabie Saoudite (+3,1 pt) et les EAU (+24,8 %) montent. L'Europe dans son ensemble passerait sous les 60 % des flux d'ici 2027-2028.

Pourquoi les transferts MRE augmentent quand le Maroc traverse une crise ?

Les transferts MRE sont contra-cycliques. Ils montent en période de crise grâce à la solidité des marchés du travail européens, au comportement solidaire des MRE, au basculement de l'informel vers le formel post-Covid, et aux protections sociales européennes qui maintiennent les revenus MRE.

Les transferts depuis le Golfe coûtent-ils plus cher que depuis la France ?

Probablement oui, mais les données manquent. Le RPW de la Banque Mondiale ne publie pas de moyenne pour les corridors Golfe-Maroc. Les exchange houses locales pratiquent des marges opaques. Un MRE en Arabie Saoudite paie 2,5 à 3 fois plus qu'un MRE en France pour le même montant.

Les 122 milliards de transferts MRE, ça sert surtout à quoi ?

Environ 75 % financent la consommation courante des familles, 15 % alimentent l'épargne bancaire, et ~10 % vont à l'investissement — dont 80 % dans l'immobilier. À peine 2 % financent de l'investissement productif. Ce ratio n'a pas évolué en vingt ans.

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Yazid El-Wali

Fondateur de Moriginals. Formation en gestion des instruments financiers, programme Goldman Sachs "10,000 Small Businesses" (ESSEC). Ancien banquier et expert-comptable, fondateur de plusieurs CFA en France.