Sommaire · 34 sections
Ismaël a 25 ans. Il est né à Marseille d’un père français et d’une mère marocaine. Binational depuis sa naissance. En avril dernier, il a obtenu sa CNIE au consulat du Maroc. Passeport biométrique en poche. Son acte de naissance transcrit. Aux yeux de Rabat, Ismaël est marocain — de plein droit, sans limite de durée, sans possibilité de renonciation (art. 19, Code de la nationalité marocaine, Dahir n° 1-58-250).
Le 23 septembre 2026, le Maroc élit sa Chambre des représentants. Ismaël ne pourra pas voter. Pas depuis Marseille. Pas depuis un consulat. Pas en ligne. Sauf s’il trouve un résident de la commune de sa mère au Maroc — une commune où il n’a jamais mis les pieds — qui accepte de voter à sa place par procuration.
Il est marocain à vie. Il n’est électeur nulle part au Maroc.
Ce paradoxe, 5,5 millions de MRE (Marocains Résidant à l’Étranger) le vivent. Le Maroc est le seul pays au monde avec une diaspora de plus de 5 millions de personnes, des transferts représentant 7,5% du PIB, une Constitution qui garantit explicitement le droit de vote depuis l’étranger — et zéro siège parlementaire dédié.
Cet article décortique le mécanisme. Pas pour dénigrer. Pour comprendre.
L’article 17 : un droit constitutionnel que personne n’a activé
Le texte est limpide. L’article 17 de la Constitution de 2011 (Dahir n° 1-11-91 du 29 juillet 2011) dispose :
« Les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales. La loi fixe les critères spécifiques d’éligibilité et d’incompatibilité. Elle détermine, de même, les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence. »
Relis la dernière phrase. Elle conditionne l’exercice du droit à l’adoption d’une loi organique. Cette loi n’a jamais été écrite. Jamais soumise au Parlement. Jamais votée. Depuis 15 ans, l’article 17 flotte dans un vide juridique total.
La Constitution ne plafonne pas le nombre de députés (395 actuellement). Elle n’interdit pas la création de circonscriptions à l’étranger. L’obstacle n’est pas constitutionnel. Il est politique.
Ce qu’on te dit pas
Le Maroc a déjà démontré qu’il pouvait organiser un vote à l’étranger. Le 1er juillet 2011, pour le référendum constitutionnel, 520 bureaux de vote ont fonctionné dans les consulats du monde entier pendant 3 jours (Le Matin, CCME, Atlasinfo). Trois mois plus tard, la loi organique 27-11 ne prévoit que la procuration.
Le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad déclarait le 12 juillet 2016 devant la Chambre des représentants : « Comment allons-nous faire pour installer un bureau de vote aux États-Unis ? » L’État avait déjà répondu à cette question cinq ans plus tôt. Avec 520 bureaux.
La nationalité irrévocable : marocain à vie, électeur jamais
Le croisement avec le Code de la nationalité rend le paradoxe encore plus brutal.
Tu ne peux pas cesser d’être marocain
L’article 19 du Code de la nationalité (Dahir n° 1-58-250) énumère cinq cas de perte de la nationalité. Tous sont subordonnés à un décret d’autorisation. La professeure Hind Tak-Tak (Faculté de droit de Casablanca) confirme dans La nationalité marocaine (En toutes lettres, 2017) : « Aucun cas de renonciation n’a été retenu. » Zéro décret publié au Bulletin Officiel depuis 1956. En 68 ans.
L’ancien ministre des Affaires étrangères Taïeb Fassi-Fihri a déclaré devant la presse : « Tout Marocain né en tant que tel va à sa tombe en portant cette nationalité » (Yabiladi, Le Soir Echos).
Le fondement invoqué est le concept de bay’a — l’allégeance perpétuelle au Roi, Commandeur des Croyants. Ce concept est doctrinal et politique. Il n’apparaît pas dans le texte législatif.
Tu ne peux pas arrêter de transmettre
Depuis la réforme de 2007 (loi 62-06, Dahir n° 1-07-80 du 23 mars 2007), la nationalité se transmet par le père ou par la mère (art. 6). Avec rétroactivité totale : un adulte de 50 ans né d’une mère marocaine avant 2007 peut revendiquer sa nationalité (art. 2, loi 62-06). Sans limite de génération.
Ismaël est marocain par sa mère. Ses futurs enfants seront marocains. Les enfants de ses enfants aussi. Aucun maillon de la chaîne ne peut être rompu.
Le contrat à sens unique
Résumons le deal. Le Maroc dit à Ismaël :
- Tu es marocain. Pour toujours. Sans ton consentement.
- Tu ne peux pas renoncer. Même si tu essaies.
- Tes enfants seront marocains. Et leurs enfants aussi.
- Au Maroc, tu es « exclusivement marocain » — seul le droit marocain s’applique, ton passeport français ne compte pas.
- Tu contribues à 7,5% du PIB national via les transferts de ta communauté.
En échange :
- Tu n’as aucun député.
- Tu n’as aucun siège au Parlement.
- Tu ne peux pas voter depuis l’étranger.
- L’institution censée te représenter (le CCME) est nommée, pas élue.
C’est un contrat de citoyenneté où une partie a toutes les obligations et zéro levier politique.
15 ans de promesses : le compteur du vide
Le blocage n’est pas un accident. C’est une constante.
Quatre promesses, zéro résultat
| Année | Promesse | Résultat | Temps écoulé |
|---|---|---|---|
| 1984 | 5 sièges MRE créés par acte royal | Supprimés en 1993 | 9 ans |
| 2005 | Discours royal : « représentation au Parlement » | Aucune suite | 21 ans |
| 2011 | Art. 17 Constitution : droit de vote depuis l’étranger | Loi organique jamais adoptée | 15 ans |
| 2024 | Fondation Mohammedia annoncée | Zéro existence juridique | 16 mois |
Quatre promesses sur 42 ans. Zéro tenue. Le ratio de réalisation est de 0%.
L’expérience de 1984 : sabotée de l’intérieur
Le 14 septembre 1984, pour la première et dernière fois, les MRE ont élu directement 5 députés à la Chambre des représentants. Cinq circonscriptions à l’étranger : Paris, Lyon, Bruxelles, Madrid, Tunis.
| Élu | Parti | Circonscription |
|---|---|---|
| Akka Ghazi | USFP | Paris / Nord de la France |
| Brahim Berbache | Parti du Centre Social | Lyon / Sud de la France |
| Marzouk Ahaïdar | Union Constitutionnelle | Bruxelles / Benelux-Allemagne-Scandinavie |
| Rachid Lahlou | Istiqlal | Madrid / Espagne-Italie-Amériques |
| Abdelhamid Naïm | RNI | Tunis / monde arabe |
L’expérience a « échoué » pour trois raisons que personne ne te raconte :
- Trois des cinq élus ont quitté leurs partis pour rejoindre le Mouvement National Populaire de Mahjoubi Aherdane (Belguendouz, L’Opinion, 2002).
- Les circonscriptions couvraient des continents entiers — un député pour toute l’Espagne, l’Italie et les Amériques.
- Rachid Lahlou a été nommé ambassadeur à Belgrade par le même État qui l’avait fait élire. Son siège est resté vacant faute de suppléant.
Le Premier ministre El Youssoufi a qualifié l’expérience de « mauvaise » en 2002. Mais l’échec n’était pas structurel — il était fabriqué. Tu ne nommes pas un député ambassadeur puis tu décèles un « échec » de la représentation parlementaire.
Le vote du 16 mars 2021 : la radiographie
En mars 2021, l’Istiqlal a déposé un amendement pour la participation directe des MRE au Parlement. Le résultat du vote (Yabiladi, mars 2021) :
- 244 voix contre
- 18 voix pour (seul l’Istiqlal)
- 8 abstentions
Un rejet à 93,1%. Le PJD a voté contre. Le PAM a voté contre. Le RNI a voté contre. L’USFP a voté contre. Tous.
Le même PJD qui, après s’être effondré de 125 à 13 sièges en septembre 2021, a fait un virage à 180 degrés et plaide désormais pour le vote MRE direct. En août 2025, il a déposé 46 amendements sur les lois électorales — aucun n’a été retenu sur les MRE (Yabiladi, 2025).
Le vrai du faux
« Les partis marocains défendent les MRE. » Faux. Les partis défendent les MRE quand ils sont dans l’opposition. Au pouvoir, ils votent contre. Le professeur Belguendouz (Université Mohammed V) a documenté ce mécanisme récurrent : soutien dans l’opposition, blocage au pouvoir (OujdaCity, Dounia-News, 2016).
Tes voisins votent. Pas toi.
Le Maroc n’est pas un cas normal. C’est une anomalie mondiale.
Le tableau qui résume tout
| Pays | Diaspora (M) | Sièges diaspora | Depuis | Participation récente |
|---|---|---|---|---|
| Sénégal | 0,5 | 15 | 2017 | — |
| Tunisie | 1,3 | 10 | 2011 | 3/10 pourvus (boycott) |
| Croatie | 0,5 | 3 | 1995 | Élevée |
| France | 3,5 | 23 (11+12) | 1983/2012 | ~20-25% |
| Portugal | 4,3 | 4 | 1976 | ~15% |
| Italie | 5,8 | 12 (8+4) | 2006 | 26,4% (2022) |
| Algérie | 2-7 | 8 | 1997 | 13,49% (2017) |
| Turquie | 3,4 | 0 (votes redistribués) | 2014 | 49-56% (2023) |
| Maroc | 5,5 | 0 | — | N/A |
Si le Maroc appliquait le ratio français (6,6 sièges par million de diaspora), les MRE auraient 36 sièges. Au ratio tunisien pré-Saied, 76 sièges. Au ratio algérien minimal, 6 sièges. Le Maroc est à zéro.
Ton voisin algérien en France vote pour l’Assemblée populaire nationale depuis 1997 (ordonnance n° 97-07 du 6 mars 1997, art. 64). Ton voisin tunisien depuis 2011. Ton voisin turc depuis 2014, avec un taux de participation de 49 à 56%. Toi, tu votes en France. Pour le Maroc, tu es un portefeuille, pas un citoyen.
Le CCME : 19 ans, 765 millions de dirhams, zéro recommandation pour ton vote
Le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger a été créé par le Dahir n° 1-07-208 du 21 décembre 2007. Institution consultative placée auprès du Roi. Constitutionnalisée par l’article 163 en 2011.
Ce qu’il est
- ~50 membres délibératifs + 18 observateurs ministériels.
- Tous nommés par le Roi. Zéro élu par les MRE.
- Mandat transitoire de 4 ans prévu en 2007. Jamais remplacé par un conseil élu. Les mêmes dirigeants sont en poste depuis 19 ans.
- Président : Driss El Yazami (ancien secrétaire général de la FIDH, ancien président du CNDH 2011-2018).
- Budget documenté : 45 millions de DH par an en 2008 (Yabiladi, juillet 2012).
Ce qu’il n’est pas
Il ne te représente pas. Son propre président l’a dit. Le CCME « ne représente pas les MRE » (El Yazami, Yabiladi, 2008). L’institution chargée de défendre tes intérêts n’a jamais formulé de recommandation claire en faveur du vote direct depuis l’étranger.
Le professeur Belguendouz a dénoncé un « lobbying anti-participationniste » de la direction du CCME auprès du Parlement (OujdaCity, Dounia-News, LeBrief, 2016-2026). L’Alliance mondiale des Marocains de l’étranger (AMOME) a critiqué un CCME qui « divise les MRE au lieu de les fédérer ». Barlamane.com l’a qualifié de « conseil fantôme ».
Les chiffres parlent
Estimation conservatrice : 45 MDH/an sur 17 ans (2007-2024) = 765 millions de DH dépensés (~70,8 millions EUR). Nombre de recommandations concrètes en faveur du vote direct : zéro. Nombre de propositions de loi soutenues : zéro. Production principale : expositions, congrès, études.
Le rapporteur Abdou Menebhi a démissionné publiquement le 2 février 2013, dénonçant des « graves dysfonctionnements » dans une lettre publiée par Yabiladi. Le coordinateur général Driss Ajbali a fait l’objet d’une enquête documentant des voyages en classe affaires et un déplacement à Phuket facturé 33 089 DH (Yabiladi, 29 juillet 2012).
La Fondation Mohammedia : 16 mois d’annonce, zéro existence
Le discours royal du 6 novembre 2024, pour le 49e anniversaire de la Marche Verte, a annoncé deux choses (Medias24, TelQuel, Hespress, Bladi.net) :
- La réforme du CCME.
- La création de la Fondation Mohammedia des MRE, « bras opérationnel de la politique publique ».
Le discours utilisait une formulation conditionnelle significative : « cette instance dédiée, une fois créée, deviendra le bras opérationnel » (texte intégral, Hespress).
En mars 2026, 16 mois après :
- Aucune loi de création présentée au Parlement.
- Aucun statut publié.
- Aucun directeur nommé.
- Aucun budget alloué.
(Bladi.net, avril 2025 ; MRE212, mai 2025 ; Lodj.ma, février 2026)
La Fondation Hassan II continue ses activités normalement : Opération Marhaba 2025, envoi de 320 prédicateurs pour le Ramadan 2026 (fh2mre.ma). Belguendouz a répliqué sur Lodj.ma : « Doit-on attendre la prochaine législature après les élections de septembre 2026 pour espérer avoir des bribes de réformes ? »
Et surtout : le discours royal n’a pas abordé la question du vote. La Fondation est un organe de services — pas un vecteur de représentation politique.
Le vote par procuration : structurellement mort
La loi 53-25, adoptée le 2 décembre 2025 (164 voix pour, 9 contre, 41 abstentions), validée par la Cour constitutionnelle le 24 décembre 2025, a dématérialisé la procuration. Plateforme en ligne, notification par courriel, inscription depuis l’étranger.
Ce qu’elle n’a pas fait : créer une seule circonscription à l’étranger. TelQuel, le 9 mars 2026 : « Le débat est clos : les Marocains du monde n’auront pas droit à des circonscriptions électorales à l’étranger. »
Pourquoi la procuration ne fonctionne pas
Le mécanisme suppose que tu connaisses un résident de ta commune d’inscription au Maroc, inscrit sur les listes, prêt à voter à ta place. Les données du CNDH montrent le résultat :
| Scrutin | Bureaux observés | Procurations relevées | Taux |
|---|---|---|---|
| 2011 | 847 | 2 | 0,24% |
| 2015 | 1 405 | 17 | 1,21% |
| 2016 | 818 | 5 | 0,61% |
Moyenne sur trois scrutins : 0,78%. Moins d’un bureau sur cent a vu un vote par procuration. En France, le vote par procuration représente 7 à 10% des votes aux législatives (ministère de l’Intérieur). Facteur multiplicatif : 10 à 13 fois plus.
La dématérialisation de la loi 53-25 ne change rien au problème fondamental : trouver un mandataire dans une commune où tu ne vis pas.
La bonne nouvelle : la solution existe — et elle est plus simple que tu ne penses
Le diagnostic est sévère. Mais la suite de cet article n’est pas un procès. C’est une boîte à outils. Parce que l’indignation sans action, c’est du WhatsApp à vide. Et parce qu’entre Moriginals, on transforme la colère en levier.
Ce que tu peux faire — concrètement — pour les élections du 23 septembre 2026
Option 1 : utiliser la procuration (oui, même si c’est bancal)
La loi 53-25 a au moins simplifié une chose : l’inscription en ligne. Concrètement :
- Inscris-toi sur les listes électorales d’une commune marocaine via la plateforme dématérialisée. Tu as besoin de ta CNIE ou de ton numéro d’immatriculation consulaire.
- Identifie un mandataire — un résident de la même commune, inscrit sur les listes, que tu connais et en qui tu as confiance. Famille restée au bled, ami d’enfance, cousin.
- Donne procuration en ligne via la plateforme. La notification se fait par courriel.
- Vérifie que ton mandataire vote le 23 septembre 2026. La procuration ne vaut rien si la personne ne se déplace pas.
C’est imparfait. C’est le seul mécanisme légal disponible.
Option 2 : voter physiquement au Maroc
Si tu comptes être au Maroc fin septembre 2026 — vacances, visite familiale, projet immobilier — inscris-toi dans la commune où tu seras. Le vote direct fonctionne pour les MRE qui sont physiquement présents le jour du scrutin.
Option 3 : peser autrement
Le vote n’est pas le seul levier. Le MRE a un pouvoir que les résidents n’ont pas : l’argent. 119 milliards de DH de transferts en 2024 (Office des Changes), soit 7,4 à 7,5% du PIB (HCP, PIB 2024 = 1 596,8 MMDH). C’est la première source de devises du pays. Et ce pouvoir économique peut se transformer en pression politique.
Les 5 leviers du MRE citoyen
1. Rejoindre une association MRE structurée. L’AMOME (Alliance mondiale des Marocains de l’étranger) milite pour la représentation parlementaire. Des collectifs locaux existent dans chaque grande ville européenne. Ils organisent des conférences de presse, des interpellations parlementaires, des campagnes sur les réseaux.
2. Interpeller les élus des deux côtés. En France, tes 11 députés des Français de l’étranger peuvent relayer ta demande au niveau diplomatique. Au Maroc, les partis qui ont promis le vote MRE (Istiqlal, PJD, PPS, FFD, USFP, Parti des Verts) doivent rendre des comptes sur leurs mémorandums de 2025.
| Parti | Proposition 2025 | Résultat |
|---|---|---|
| Istiqlal | 60 sièges dans 4 circonscriptions internationales | Non retenu |
| PJD | « Troisième liste » MRE, vote direct, 46 amendements | Aucun retenu |
| PPS | Circonscriptions adaptées + vote électronique, 13 amendements | Non retenu |
| USFP | 30 sièges supplémentaires (total 425) | Non retenu |
| FFD | 30 à 100 sièges via liste nationale élargie | Non retenu |
| Parti des Verts | Circonscription exclusivement diaspora | Non retenu |
307 amendements déposés sur les trois textes électoraux (53-25, 54-25, 55-25). Aucun de ceux relatifs aux sièges MRE n’a été retenu (Yabiladi, Médias24, La Vie éco, décembre 2025). Le dossier est documenté. Les partis n’ont plus l’excuse de l’ignorance.
3. Exercer ton droit constitutionnel de pétition. L’article 15 de la Constitution de 2011 garantit le droit de pétition. Une pétition structurée, portée par des associations MRE, demandant l’application de l’article 17, est un levier juridique concret.
4. Utiliser les médias diasporiques. TelQuel, Yabiladi, Bladi.net, Le360 couvrent régulièrement le sujet. Chaque prise de parole publique d’un MRE sur la question du vote alimente le débat. Les réseaux sociaux ont un impact réel : la députée PAM Nadia Bzendfa a interpellé le ministre de l’Intérieur après des campagnes en ligne de MRE (Yabiladi, 2025).
5. Investir de manière conditionnelle. Les 10% des transferts MRE dirigés vers l’investissement au Maroc (~12 MMDH/an) sont un levier de négociation. « Représente-moi politiquement, et j’investis. » Ce n’est pas un boycott — c’est une négociation.
Ce que ça coûte de ne pas avoir de député : 4 cas concrets
Cas 1 — Ismaël, 25 ans, Marseille : le métis qui ne peut voter dans aucun des deux Parlements de sa nationalité
Ismaël, né à Marseille d’un père français et d’une mère marocaine, est binational. Il vote aux élections françaises : municipales, départementales, régionales, législatives, européennes.
Pour le Maroc, il est « exclusivement marocain » sur le sol marocain. Sa nationalité est irrévocable (art. 19). Ses futurs enfants seront marocains (art. 6). Mais il ne peut pas voter aux législatives marocaines depuis Marseille.
Son paradoxe identitaire : Ismaël est plus citoyen de la France (où il est « fils d’immigrés ») que du Maroc (où il est « citoyen de pleine citoyenneté » selon l’article 17 de la Constitution). Le Maroc le revendique quand Achraf Hakimi tire la panenka contre l’Espagne au Qatar. Il l’oublie quand il s’agit de voter.
En pratique : Ismaël ne connaît personne dans la commune d’origine de sa mère (Khouribga). Il n’est pas inscrit sur les listes électorales marocaines. La procuration dématérialisée de la loi 53-25 ne lui sert à rien.
Cas 2 — Amina, 30 ans, Lyon : la binationale qui veut s’engager
Amina, cadre marketing à Lyon, née en France de parents marocains. Double nationalité. Elle vote aux municipales, aux législatives et aux européennes en France. Elle veut participer à la vie politique marocaine.
Ce qu’elle peut faire :
- Voter au Maroc le 23 septembre 2026 ? Seulement par procuration ou en se rendant physiquement.
- Voter depuis la France ? Non. Aucune circonscription à l’étranger.
- Se présenter comme candidate ? En théorie oui (art. 17). En pratique non — pas de circonscription à l’étranger, et se présenter dans une commune marocaine où elle ne réside pas suppose un ancrage local qu’elle n’a pas.
- Rejoindre le CCME ? Non. Membres nommés, aucune candidature possible.
Bilan : Amina a plus de droits politiques en France — où elle est « fille d’immigrés » — qu’au Maroc — où elle est « citoyenne de pleine citoyenneté ».
Cas 3 — Rachid, 55 ans, Lille : le propriétaire qui paie sans voter
Rachid, agent de maîtrise à Lille. Propriétaire d’un appartement à Tanger (valeur : 1 200 000 MAD / ~111 111 EUR). Paie taxe d’habitation, taxe de services communaux. A payé 4% de droits d’enregistrement à l’achat (48 000 MAD / 4 444 EUR). Transfère ~30 000 MAD/an à sa famille.
Sa contribution au Maroc en un an :
| Poste | Montant (MAD) | Montant (EUR) |
|---|---|---|
| Transferts | 30 000 | 2 727 |
| Taxe d’habitation + TSC | ~3 000 | ~273 |
| Droits d’enregistrement (annualisés sur 20 ans) | 2 400 | 218 |
| Total annuel | ~35 400 | ~3 218 |
Sa représentation politique au Maroc : 0 député, 0 conseiller municipal, 0 voix sur la TNB 2026 (loi 14-25) qui augmente, 0 voix sur les prix immobiliers liés à la CDM 2030.
Sa représentation en France : 1 député de circonscription, 2 sénateurs du Nord, conseillers municipaux, conseillers régionaux, conseillers départementaux, 79 eurodéputés.
Rachid contribue fiscalement au Maroc. Il n’a aucun levier politique sur les décisions qui affectent directement la valeur de son bien et le coût de ses transferts.
Cas 4 — Nadia, 42 ans, Bruxelles : la comparaison belgo-marocaine
Nadia, employée communale à Bruxelles, double nationalité belgo-marocaine.
Ses droits de vote en Belgique : communales, régionales, fédérales, européennes — vote obligatoire. Elle est sanctionnable si elle ne vote pas.
Ses droits de vote au Maroc : procuration. Taux d’utilisation historique : 0,78%.
La Belgique, 11,6 millions d’habitants, ~500 000 citoyens à l’étranger, offre à ses expatriés le vote direct par correspondance pour les fédérales et les européennes. Le Maroc, 37 millions d’habitants, 5,5 millions de MRE, offre une procuration structurellement inutilisable.
Nadia est plus belge que marocaine — non par choix, mais par défaut institutionnel.
Pourquoi le blocage persiste : les 4 vrais ressorts
1. L’argument logistique est faux
Contredit par les faits. 520 bureaux de vote en 2011. Des pays aux ressources comparables ou inférieures (Tunisie, Sénégal, Croatie) organisent régulièrement le vote diasporique.
2. Les MRE échappent aux réseaux de notables
33,5% des MRE sont diplômés du supérieur (OIM/OCDE, 2024). C’est un électorat critique, informé, peu perméable au clientélisme qui structure le vote intérieur. Attribuer 20 à 30 sièges aux MRE réduirait mécaniquement les chances de certains élus sortants. Les partis calculent leur intérêt, pas le droit constitutionnel.
3. Le dossier MRE est un « domaine royal »
L’éditorial de Yabiladi (novembre 2024) a qualifié l’annonce de la Fondation Mohammedia de « retour du dossier MRE dans le domaine royal ». Cette caractérisation explique l’immobilisme gouvernemental : le gouvernement ne prend pas d’initiative sans signal royal. Et le signal royal a orienté le discours vers les services (Fondation), pas vers la représentation (vote).
4. Le paradoxe « no representation despite massive contribution »
Les transferts MRE atteignent 119 MMDH (2024), soit 7,5% du PIB — première source de devises, devant l’IDE. Mais les MRE ne paient pas d’impôt sur le revenu au Maroc sur leurs gains à l’étranger. Ils s’acquittent de taxes foncières, plus-values, droits d’enregistrement. L’argument « no taxation without representation » est plus nuancé qu’il n’y paraît — mais la contribution économique globale, elle, est massive et indiscutable.
Le réflexe Moriginal
Avant les élections du 23 septembre 2026 : inscris-toi sur les listes électorales marocaines via la plateforme en ligne. Identifie un mandataire de confiance dans ta commune d’inscription. Même si le mécanisme est bancal, l’inscription elle-même envoie un signal statistique. Plus les MRE inscrits sont nombreux, plus la pression pour des sièges dédiés est forte.
Tes prochaines étapes
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Inscris-toi sur les listes électorales marocaines avant la clôture. Même si tu n’utilises pas la procuration, l’inscription est un acte citoyen et un signal statistique.
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Rejoins un collectif MRE structuré. L’AMOME, les associations locales, les collectifs en ligne — le combat pour la représentation ne se mène pas seul.
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Interpelle tes élus des deux côtés. En France : tes députés des Français de l’étranger. Au Maroc : les partis qui ont déposé des amendements en 2025 et doivent rendre des comptes sur leur vote de septembre 2026.
-
Partage cet article. Pas pour la polémique. Pour que chaque MRE sache pourquoi il ne vote pas — et que ce n’est ni normal, ni définitif.
-
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Le mot de la fin
Le Maroc ne déteste pas ses MRE. Il les aime — à sa manière. L’Opération Marhaba chaque été. Les 320 prédicateurs envoyés pour le Ramadan. Les discours royaux. L’affection existe. Ce qui manque, c’est la cohérence.
Tu ne peux pas dire à quelqu’un qu’il est marocain pour toujours, lui interdire de renoncer, transmettre cette nationalité à ses enfants sans limite, prélever des taxes sur ses biens, célébrer ses exploits sportifs — et refuser de lui donner un député.
Le paradoxe n’est pas un complot. C’est une inertie politique que seule la pression des MRE eux-mêmes peut briser. Hakimi tire la panenka pour le Maroc. Ismaël obtient sa CNIE au consulat. Nadia paie ses taxes à Tanger. Rachid transfère 30 000 DH par an.
Mais aucun d’entre eux ne vote.
Être Moriginal, c’est transformer ce paradoxe en revendication claire, sourcée, sans haine — et ne jamais laisser la colère remplacer la connaissance.
Le jour où 5,5 millions de Marocains du monde diront ensemble « applique l’article 17 », le Parlement aura du mal à voter 244 contre 18 une deuxième fois.
Partage WhatsApp :
🇲🇦 Tu savais ? 6 millions de MRE, 119 milliards de DH de transferts, 0 député au Parlement.
Le Maroc te considère marocain à vie — mais tu ne peux pas voter.
Lis l'article complet : https://moriginals.org/diaspora/vote-mre-nationalite-paradoxe-citoyen/
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Publié le 21 mars 2026 — Mis à jour le 21 mars 2026
À propos de l’auteur
Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.
Moriginals n’est pas un cabinet de conseil. Cet article est rédigé à titre informatif. Pour un conseil personnalisé, consulte un professionnel habilité.
Avertissement juridique
Cet article a été rédigé à titre informatif et pédagogique. Il ne constitue en aucun cas un conseil juridique ou politique personnalisé.
Les informations présentées sont basées sur les textes en vigueur à la date de dernière mise à jour (voir ci-dessus). La législation évolue : vérifie toujours les textes applicables auprès des sources officielles.
Pour ta situation personnelle, consulte un professionnel : avocat spécialisé en droit de la nationalité, association MRE structurée, ou représentation consulaire.
Moriginals décline toute responsabilité en cas d’utilisation directe des informations contenues dans cet article sans vérification préalable auprès d’un professionnel qualifié.
Questions fréquentes
Je peux voter aux élections marocaines du 23 septembre 2026 depuis la France ?
Non, pas directement. La loi 53-25 te permet de t'inscrire en ligne et de donner procuration via une plateforme dématérialisée à un résident de la même commune. Mais aucun bureau de vote n'existe dans les consulats. Le taux d'utilisation historique de la procuration est inférieur à 1% (rapports CNDH 2011-2016). L'alternative : te rendre physiquement au Maroc le 23 septembre 2026.
La Constitution ne me donne pas le droit de voter depuis l'étranger ?
Si, textuellement. L'article 17 de la Constitution de 2011 te garantit 'le droit d'être électeur et éligible' et prévoit 'l'exercice effectif du droit de vote à partir des pays de résidence'. Mais la dernière phrase renvoie à une loi organique qui n'a jamais été adoptée en 15 ans. La Constitution te promet un droit dont aucune loi ne permet l'exercice.
Le CCME me représente politiquement ?
Non. Le Conseil de la Communauté Marocaine à l'Étranger est consultatif (Dahir n° 1-07-208, 2007). Ses ~50 membres sont nommés par le Roi, aucun n'est élu par les MRE. Son propre président Driss El Yazami a déclaré qu'il 'ne représente pas les MRE'. Les mêmes dirigeants sont en poste depuis 19 ans, sans renouvellement.
La Fondation Mohammedia va changer quelque chose pour le vote ?
Non. Annoncée le 6 novembre 2024 par Mohammed VI, la Fondation Mohammedia est un organe de services (dématérialisation, encadrement culturel), pas un vecteur de représentation politique. En mars 2026, elle n'a aucune existence juridique : ni loi de création, ni statuts, ni direction nommée (Bladi.net, Lodj.ma, 2025-2026). Le discours royal n'a pas abordé le vote.
Pourquoi mon voisin algérien peut voter depuis la France et pas moi ?
L'Algérie réserve 8 sièges à sa diaspora depuis 1997 (ordonnance n° 97-07). La Tunisie en réserve 10. La Turquie permet le vote dans les consulats de 73 pays. La France offre 11 députés + 12 sénateurs. Le Maroc est le seul pays de cette catégorie démographique à n'offrir aucun siège parlementaire à sa diaspora. L'obstacle est politique, pas logistique.
Est-ce que la nationalité irrévocable me donne au moins des droits politiques ?
C'est le paradoxe central. La nationalité marocaine est irrévocable en pratique : zéro décret de renonciation publié depuis 1956 (Tak-Tak, 2017). Le Maroc te considère marocain à vie (art. 19 Code nationalité). Mais cette nationalité perpétuelle n'est assortie d'aucun droit de vote effectif depuis l'étranger. Tu as les devoirs d'un citoyen sans les droits d'un électeur.
Les MRE ont déjà eu des députés ?
Oui, une seule fois. Le 14 septembre 1984, 5 députés MRE ont été élus dans 5 circonscriptions à l'étranger. L'expérience a duré un mandat : 3 élus ont changé de parti, 1 a été nommé ambassadeur (siège resté vacant). Les sièges ont été supprimés en 1993. Le Premier ministre El Youssoufi a parlé de 'mauvaise expérience' — mais c'est l'État lui-même qui l'a sabotée.