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Tu entends parler d’une “Fondation Mohammedia” depuis le discours royal du 6 novembre 2024. On te promet un “bras opérationnel” pour simplifier ta vie de MRE (Marocain Résidant à l’Étranger). Seize mois plus tard, cette fondation n’existe pas. Pas de loi, pas de statuts, pas de directeur. Pendant ce temps, trois institutions sont censées s’occuper de toi : la Fondation Hassan II, le CCME (Conseil de la Communauté Marocaine à l’Étranger) et l’ex-ministère délégué aux MRE. Voici ce qu’elles font vraiment — et ce que tu peux en attendre.

Trois institutions, un même problème : qui s’occupe de toi ?

Le dispositif institutionnel MRE repose sur trois piliers qui se chevauchent sans se coordonner.

La Fondation Hassan II pour les MRE a été créée en 1990 (loi n° 19-89, dahir n° 1-90-79 du 13 juillet 1990). Présidée par la Princesse Lalla Meryem depuis 1995, elle emploie plus de 700 personnes dont 600+ à l’étranger (fh2mre.ma). C’est le seul organe qui rend des services concrets : Opération Marhaba chaque été (4,06 millions de MRE accueillis en 2025), envoi de 320 prédicateurs pour le Ramadan 2026, cours de langue arabe, aide juridique dans les consulats.

Le CCME a été créé par dahir n° 1-07-208 du 21 décembre 2007, puis constitutionnalisé par l’article 163 de la Constitution de 2011. C’est une institution consultative : il émet des avis, organise des congrès, produit des études. Il n’a aucun pouvoir de décision. Ses ~50 membres sont nommés par le Roi — aucun n’est élu par les MRE.

Le ministère délégué aux MRE a été supprimé lors de la formation du gouvernement Akhannouch le 7 octobre 2021 (Yabiladi). Les compétences MRE ont été absorbées par le Ministère des Affaires Étrangères. Résultat : plus de ministre dédié, plus d’interlocuteur politique identifiable.

Les 3 institutions MRE : missions et bilan en mars 2026
Institution Création Mission Bilan terrain
Fondation Hassan II 1990 (loi n° 19-89) Services opérationnels : accueil, culture, juridique Marhaba, prédicateurs, cours de langue — services réels
CCME 2007 (dahir n° 1-07-208) Avis consultatifs sur les politiques MRE Études et congrès — 0 recommandation pour le vote direct
Ministère délégué MRE Variable (supprimé en 2021) Pilotage politique des dossiers MRE Supprimé — compétences diluées dans le MAE

Ce qu’on te dit pas : ces trois institutions n’ont jamais eu de mécanisme de coordination formelle entre elles. La Fondation Hassan II gère les services, le CCME produit des avis que personne ne lit, et le ministère a été supprimé. Le MRE navigue entre trois guichets qui ne se parlent pas.

Le CCME : 19 ans sans résultat politique

Le CCME mérite un focus particulier. C’est l’institution censée défendre tes intérêts. Le bilan est rude.

Les 37 premiers membres ont été nommés en décembre 2007 par le Roi, sans aucune élection (Le Matin, Bladi.net). Le mandat transitoire de 4 ans n’a jamais débouché sur un conseil élu. Les mêmes dirigeants sont en poste depuis 19 ans :

  • Président : Driss El Yazami — ancien secrétaire général de la FIDH, ancien président du CNDH (2011-2018).
  • Secrétaire général : Abdellah Boussouf — historien basé en Belgique, directeur du Centre Euro-islamique à Charleroi.

Le budget annuel documenté : 45 millions de dirhams (~4,2 millions EUR) en 2008 (Yabiladi, juillet 2012). Aucun budget post-2008 n’a été publié.

Les critiques sont documentées. Abdou Menebhi, rapporteur du groupe “citoyenneté et participation politique”, a démissionné publiquement le 2 février 2013. Il a dénoncé dans une lettre publiée par Yabiladi des “graves dysfonctionnements”. Le professeur Abdelkrim Belguendouz (Université Mohammed V) a documenté un “lobbying anti-participationniste” de la direction du CCME. L’Alliance mondiale des Marocains de l’étranger (AMOME) a parlé d’un CCME qui “divise les MRE au lieu de les fédérer”. Barlamane.com l’a qualifié de “conseil fantôme”.

Le bilan : des expositions, des congrès, des études. Sur la question centrale — la représentation politique des MRE —, le CCME n’a jamais formulé de recommandation claire en faveur du droit de vote direct depuis l’étranger.

Les chiffres parlent : sur 17 ans d’existence avec un budget de 45 MDH/an, le CCME a dépensé au moins 765 MDH (~70,8 millions EUR). Nombre de recommandations concrètes en faveur du vote direct : zéro.

La Fondation Mohammedia : une promesse sans texte de loi

Le discours royal du 6 novembre 2024, prononcé pour le 49e anniversaire de la Marche Verte, a annoncé une restructuration en deux piliers (Médias24, TelQuel, Hespress, Bladi.net) :

  1. Le CCME réformé — institution constitutionnelle à rôle consultatif, devant “refléter la représentativité des différentes composantes” de la communauté MRE.
  2. La Fondation Mohammedia des MRE — “bras opérationnel de la politique publique”. Missions annoncées : agrégation des compétences dispersées, dématérialisation des procédures, encadrement culturel/linguistique/religieux, mobilisation des compétences, stimulation de l’investissement.

Le discours utilisait une formulation révélatrice : “cette instance dédiée, une fois créée, deviendra le bras opérationnel” (texte intégral, Hespress). Le conditionnel en dit long.

Où en est-on en mars 2026 ?

Plus de 16 mois après l’annonce :

  • Aucune loi de création présentée au Parlement
  • Aucun statut publié au Bulletin Officiel
  • Aucun directeur nommé
  • Aucun budget alloué

(Bladi.net, avril 2025 ; MRE212, mai 2025 ; Lodj.ma, février 2026)

La Fondation Hassan II continue ses activités normalement. Le secrétaire général du CCME a invoqué “des consultations approfondies nécessaires” (Le Matin, février 2026). Belguendouz a répliqué sur Lodj.ma : “Doit-on attendre la prochaine législature après les élections de septembre 2026 pour espérer avoir des bribes de réformes ?”

Ce que la Fondation Mohammedia ne fera pas

Le discours royal n’a pas abordé la question du vote ni de la représentation parlementaire des MRE. La Fondation est pensée comme un organe de services — pas comme un vecteur de représentation politique. La question “est-ce que je peux voter ?” reste sans réponse.

Cas pratique : Rachid — contribuer sans peser

Rachid, 55 ans, agent de maîtrise à Lille. Propriétaire d’un appartement à Tanger (valeur : 1 200 000 MAD / ~109 091 EUR). Il transfère ~30 000 MAD/an (~2 727 EUR) à sa famille.

Sa contribution annuelle au Maroc :

PosteMontant (MAD)Montant (EUR)
Transferts familiaux30 0002 727
Taxe d’habitation + TSC~3 000~273
Droits d’enregistrement (annualisés sur 20 ans)2 400218
Total annuel~35 400~3 218

Services institutionnels qu’il a utilisés : accueil Marhaba à Tanger-Med l’été dernier (Fondation Hassan II). C’est tout. Rachid n’a jamais entendu parler du CCME. Personne ne lui a demandé son avis sur la TNB qui augmente en 2026 ou sur la réglementation des changes qui s’applique à ses transferts.

Ce qu’il peut faire concrètement : contacter l’antenne de la Fondation Hassan II au consulat de Lille pour une question juridique liée à son bien. Demander l’aide juridique gratuite. S’inscrire en ligne sur les listes électorales marocaines pour les législatives du 23 septembre 2026 (loi 53-25) — même si le vote ne sera possible que par procuration ou en se rendant physiquement au Maroc.

Cas pratique : Sofia — conjointe étrangère, double invisibilité

Sofia, 38 ans, Suédoise mariée à un Marocain, installée à Stockholm. Elle accompagne son mari chaque été au Maroc. Ils possèdent un terrain à Agadir au nom du mari.

Son problème : Sofia n’a aucun interlocuteur institutionnel. La Fondation Hassan II s’adresse aux MRE — pas aux conjoints étrangers. Le CCME n’a aucun mandat pour les conjoints non-marocains. La loi marocaine ne reconnaît pas de statut spécifique au conjoint étranger d’un MRE.

Ce qu’elle peut faire : la Fondation Hassan II propose ponctuellement des sessions d’information dans les consulats. Sofia peut y accompagner son mari. Pour les questions de propriété et de succession, elle doit consulter un avocat spécialisé en droit international privé — aucune institution MRE ne couvre ce cas de figure.

En pratique : les conjoints non-marocains de MRE sont un angle mort total du dispositif institutionnel. La Fondation Mohammedia, si elle voit le jour, n’a pas annoncé de services dédiés à ce profil.

Ce que tu peux demander concrètement aujourd’hui

En attendant une Fondation Mohammedia qui n’existe pas encore, voici les services réels accessibles :

Via la Fondation Hassan II (fh2mre.ma) :

  • Aide juridique gratuite dans les antennes consulaires
  • Assistance pendant l’Opération Marhaba (accueil portuaire et aéroportuaire)
  • Cours de langue arabe et de culture marocaine pour tes enfants
  • Envoi de prédicateurs pendant le Ramadan
  • Aide sociale ponctuelle pour les MRE en difficulté

Via les consulats (MAE) :

  • État civil (CIN, passeport, actes)
  • Inscription sur les listes électorales en ligne (plateforme loi 53-25)
  • Légalisation de documents

Via le CCME (ccme.org.ma) :

  • Publications et études sur la diaspora (consultables en ligne)
  • C’est à peu près tout en termes de services directs

Le réflexe Moriginal : note le numéro de l’antenne de la Fondation Hassan II de ton consulat. C’est le seul interlocuteur institutionnel qui a les moyens humains de t’aider concrètement. Le site fh2mre.ma liste toutes les antennes.

Conclusion

  • La Fondation Mohammedia n’existe pas juridiquement en mars 2026 — seize mois après l’annonce royale, aucune loi n’a été présentée au Parlement.
  • La Fondation Hassan II reste ton seul interlocuteur institutionnel opérationnel. Le CCME n’a aucun pouvoir de décision et n’est pas élu par les MRE.

Pour aller plus loin


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Fondation Mohammedia MRE : 16 mois après l’annonce, toujours rien. Qui s’occupe vraiment de toi ? Lis l’article complet : https://moriginals.org/diaspora/fondation-mohammedia-mre/


Avertissement

Cet article a été rédigé à titre informatif et pédagogique. Les informations présentées sont basées sur les textes en vigueur à la date de dernière mise à jour. Pour ta situation personnelle, consulte un professionnel habilité.


À propos de l’auteur

Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.

À propos de Moriginals

Publié le 24 mars 2026 — Mis à jour le 24 mars 2026

Questions fréquentes

La Fondation Mohammedia existe déjà en mars 2026 ?

Non. Annoncée par Mohammed VI le 6 novembre 2024, elle n'a aucune existence juridique en mars 2026 : ni loi de création, ni statuts publiés, ni direction nommée. La Fondation Hassan II continue d'assurer les missions MRE (Bladi.net, Lodj.ma, 2025-2026).

Le CCME me représente en tant que MRE ?

Pas vraiment. Ses ~50 membres sont nommés par le Roi, aucun n'est élu par les MRE. Son propre président Driss El Yazami a reconnu que le CCME 'ne représente pas les MRE'. Le mandat transitoire de 4 ans n'a jamais débouché sur un conseil élu — les mêmes dirigeants sont en poste depuis 2007 (dahir n° 1-07-208).

Quelle est la différence entre la Fondation Hassan II et la Fondation Mohammedia ?

La Fondation Hassan II (créée en 1990, loi n° 19-89) est l'organe opérationnel actuel : Opération Marhaba, envoi de prédicateurs, aide juridique. La Fondation Mohammedia est annoncée pour la remplacer en absorbant aussi les fonctions du ministère délégué MRE (supprimé en 2021). Mais elle reste un projet sans texte de loi.

Je peux contacter la Fondation Hassan II pour un problème juridique ?

Oui. La Fondation Hassan II dispose de plus de 700 employés dont 600+ à l'étranger. Elle offre une aide juridique via ses antennes dans les consulats et organise des permanences pour les MRE durant l'Opération Marhaba. Contacte l'antenne de ton pays via fh2mre.ma.

Quel budget pour les institutions MRE ?

Le seul chiffre public est le budget du CCME en 2008 : 45 millions de dirhams (~4,2 millions EUR). Aucun budget post-2008 n'a été rendu public. Le budget de la Fondation Hassan II et celui de l'ex-ministère délégué MRE ne sont pas publiés de manière consolidée.