Sommaire · 32 sections
Le 16 octobre 1975, la Cour internationale de Justice (CIJ) publie un avis consultatif. Elle rejette toute souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Le soir même, depuis le palais de Marrakech, Hassan II annonce la Marche Verte en déclarant que la CIJ a reconnu que « le Sahara nous appartient depuis la nuit des temps ». Tout le récit national tient dans cet écart entre ce que la Cour a dit et ce que le roi a fait croire.
Trois semaines plus tard, 350 000 civils franchissent la frontière. Des Corans à la main, des drapeaux au-dessus de la tête. Pas un seul coup de feu tiré par les marcheurs. L’Espagne négocie. Le Sahara change de mains. Un demi-siècle plus tard, le conflit n’est toujours pas résolu — ni juridiquement, ni politiquement, ni humainement.
Tu connais la date — le 6 novembre. Tu connais le billet de 100 dirhams. Tu connais la fierté. Mais connais-tu l’histoire complète, avec ses contradictions, ses documents déclassifiés et ses silences ? La voici.
Un siècle de présence espagnole et un gisement qui change la donne
L’Espagne n’a pas découvert le Sahara. Elle l’a occupé. Le 26 décembre 1884, les accords signés par Emilio Bonelli avec les chefs Oulad Bou Sbaa — notamment Sidi Ahmed el Vali — sur le site de la future Villa Cisneros (Dakhla) inaugurent un protectorat sur le Río de Oro (Revista Centinela, citant Alonso Baquer). Les accords sont signés les 3 et 4 novembre 1884. L’intérieur du territoire échappe encore à Madrid. Les Oulad Delim, tribu guerrière de l’intérieur, refusent de signer et attaquent les installations espagnoles dès le 9 mars 1885.
L’Espagne met un demi-siècle à « pacifier » le territoire. Smara tombe le 15 mai 1934. Daora le 1er mai. C’est la même année que les Français achèvent la pacification du Maroc avec la bataille de Bou Gafer dans le Jbel Saghro. Le Sahara et le Maroc partagent cette chronologie coloniale.
El Aaiun, fondée en 1938 par le capitaine Antonio de Oro, devient capitale en 1940. Le 10 janvier 1958 — pendant la guerre d’Ifni, pas après — le Sahara est élevé au rang de « province » espagnole. La manœuvre vise à esquiver les obligations de décolonisation de l’ONU. Elle échoue : le territoire est inscrit en 1963 sur la liste des territoires non autonomes. Il y figure toujours en 2026. Plus de soixante ans sur une liste de décolonisation inachevée.
Les phosphates de Bou Craa : le trésor sous le sable
La donne bascule avec la découverte des phosphates. Le géologue espagnol Manuel Alia Medina rapporte en 1945, lors de sa troisième expédition saharienne, des échantillons révélant 24 % de phosphate tricalcique — première preuve de minéralisation (Capote del Villar & Barrera Morate, UCM). Le 5 avril 1947, il adresse un rapport officiel au Chef de l’État. L’expédition de confirmation, entre juin et aout 1947, révèle jusqu’à 60 % de phosphate tricalcique. Un gisement exceptionnel.
Le gisement spécifique de Bou Craa est formellement identifié en mai 1963 par l’ENMINSA. L’entité, créée en juillet 1962, est restructurée en Fosbucraa en 1968-1969 avec un capital de 5 milliards de pesetas. L’infrastructure qui suit est monumentale : un tapis roulant de 98 km construit par Krupp — le plus long du monde, visible depuis l’espace selon la NASA — relie la mine au port d’El Marsa. Capacité nominale : 3 à 3,3 millions de tonnes par an (Martinez Milán, Revista de Historia Industrial, Universidad de Barcelona).
Le phosphore est essentiel à l’agriculture mondiale. Il est impossible à synthétiser. Le Sahara occidental, territoire de sable, de vent et de tribus nomades, devient un enjeu stratégique mondial. Ce n’est plus une question de souveraineté abstraite. C’est une question de ressources concrètes.
Trois revendications pour un seul territoire
La carte du Grand Maroc
Les revendications marocaines s’appuient sur des liens dynastiques remontant aux Almoravides (XIe siècle) et l’allégeance de certaines tribus sahraouies au Sultan via les caids Tekna du Noun. Le concept de « Grand Maroc », formalisé publiquement en juillet 1956 par Allal al-Fassi dans Al-Alam — le journal du parti de l’Istiqlal, fondé en 1944, mais la carte ne parut que douze ans plus tard — englobe le Sahara, la Mauritanie entière, Tindouf et Béchar. Une revendication maximale.
Hassan II hérite de ce cadre en 1961. Il l’ajuste progressivement. Les revendications sur la Mauritanie sont abandonnées après le traité d’Ifrane et la reconnaissance de Nouakchott en septembre 1969. Celles sur l’Algérie tombent après la Guerre des Sables (25 septembre – 30 octobre 1963). Reste le Sahara. L’obsession qui structure tout le règne.
La Mauritanie : Bilad Shinguitti
Les revendications mauritaniennes reposent sur « l’ensemble mauritanien » — Bilad Shinguitti (le pays de Chinguetti, la septième ville sainte de l’Islam). Le président Mokhtar Ould Daddah les invoque pour des raisons à la fois ethniques — liens tribaux transfrontaliers — et défensives : tant que la Mauritanie revendique le Sahara, elle contrebalance les prétentions marocaines sur la Mauritanie elle-même. C’est une revendication de survie autant que de territoire.
Le Polisario : naissance d’un mouvement
Le Front Polisario est fondé le 10 mai 1973 à Zouérat, en Mauritanie. Le congrès constitutif se tient du 29 avril au 1er mai 1973 dans cette ville minière, le manifeste étant publié le 10 mai (saharaoccidental.es ; Workers World, 2023). La fondation est souvent attribuée à tort à Ain Bentili — lieu de la Convention pour l’Unité Nationale du 12 octobre 1975, événement bien postérieur. Cette confusion est omniprésente, y compris dans des sources académiques.
El-Ouali Mustapha Sayed, co-fondateur, devient secrétaire général en aout 1974. Son précurseur, Muhammad Bassiri, avait créé le Mouvement de Libération du Sahara. Arrêté le 18 juin 1970, vers 3h du matin, après la répression de Zemla à El Aaiun — le 17 juin, une manifestation pacifique dégénère — Bassiri disparait. Son corps n’a jamais été retrouvé. Il est le premier martyr du mouvement sahraoui.
Première action armée du Polisario : le 20 mai 1973, six guérilleros mal armés attaquent le poste espagnol d’El-Khanga. L’armée espagnole est surprise. La lutte armée commence.
Un point que le récit marocain ignore systématiquement et que le récit pro-Polisario exagère parfois : le soutien algérien n’a pas été immédiat. La Libye de Kadhafi a fourni le premier soutien extérieur. L’Algérie ne s’est engagée pleinement qu’en 1975, quand la Marche Verte a transformé le Sahara en enjeu géopolitique majeur pour Alger.
En mai 1975, une mission de visite de l’ONU dirigée par Simeon Aké (visite du territoire du 12 au 19 mai) constate un « consensus écrasant » (overwhelming consensus) en faveur de l’indépendance et identifie le Polisario comme « la force politique la plus puissante du territoire ». Ce rapport est un document officiel de l’ONU. Il existe. Il est rarement cité dans les médias marocains.
L’avis de la CIJ : ce qu’il dit vraiment
L’avis consultatif de la CIJ du 16 octobre 1975 répond à deux questions, posées par la résolution 3292/XXIX de l’Assemblée générale (13 décembre 1974).
Première question : le Sahara occidental était-il terra nullius (terre sans maitre) au moment de la colonisation espagnole ? Réponse unanime, 16 voix contre 0 : non. Les peuples du Sahara étaient « socialement et politiquement organisés en tribus » (CIJ, Recueil 1975, p. 12). Le Sahara n’a jamais été une terre vide.
Deuxième question : existait-il des liens juridiques entre ce territoire, le Maroc et la Mauritanie ? C’est ici que tout se joue. Le paragraphe 162 — la conclusion opérative, celle qui fait droit — établit par 14 voix contre 2 trois choses :
- Oui, il existait des liens juridiques d’allégeance entre le sultan du Maroc et « certaines, mais seulement certaines » des tribus sahraouies.
- Oui, il existait des droits — pas de souveraineté — liant l’ensemble mauritanien à ce territoire.
- Non, « les éléments et renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental et le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien ».
La Cour précise que ces liens ne justifient en aucun cas de contourner le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Dans le corps analytique de l’avis (paragraphes 90-129), elle note que le Maroc n’a exercé « aucune activité étatique effective et exclusive » sur le territoire.
La lecture sélective de Hassan II
Le soir même du 16 octobre, depuis le palais de Marrakech — vers 18h30, retransmis en direct par la RTM — Hassan II déclare : « Le monde entier a reconnu que le Sahara nous appartient depuis la nuit des temps […] Les portes du Sahara nous sont juridiquement ouvertes. »
Il omet entièrement la conclusion sur l’absence de souveraineté. Il omet le droit à l’autodétermination. Il omet le « certaines, mais seulement certaines ». La lecture est sélective, instantanée et délibérée (constaté par le CICR Casebook).
Ce soir-là, le destin du Sahara occidental bascule. Pas à cause de ce que la CIJ a dit. Mais à cause de ce que Hassan II a décidé d’en faire.
Le vrai du faux
Le mythe : « La CIJ a reconnu que le Sahara appartient au Maroc. C’est la justice internationale qui l’a dit. »
La réalité : La CIJ a reconnu des liens d’allégeance tribale entre le sultan et certaines tribus sahraouies. Mais elle a explicitement rejeté toute souveraineté territoriale marocaine et réaffirmé le droit à l’autodétermination (CIJ, avis du 16 oct. 1975, par. 162, Recueil 1975). Hassan II a lu publiquement l’avis de manière sélective le soir même. Le texte intégral est disponible sur icj-cij.org. Lis-le. La conclusion est sans ambiguité.
Une mobilisation en trois semaines : la logistique de l’impossible
Hassan II conçoit l’idée dans la nuit du 19 au 20 aout 1975 à Fès (Hassan II, La Marche verte, Plon, 1989, p. 11). Le projet est encore secret. Nom de code : « Opération Fath » — du nom de la sourate coranique Al-Fath (La Victoire). La dimension religieuse n’est pas un ajout cosmétique. Elle est constitutive du projet. Le Coran sera l’arme des marcheurs.
Le projet est préparé par 700 fonctionnaires formés à Benguérir (Rollinde, « La Marche Verte : un nationalisme royal aux couleurs de l’Islam », Le Mouvement Social, n° 202, 2003, p. 133-151). Le discours du 16 octobre — celui de la lecture sélective de l’avis de la CIJ — lance publiquement le concept.
Le chiffre qui n’est pas un hasard
350 000. Ce nombre n’est pas le résultat d’un calcul logistique. Il correspond exactement au nombre annuel de naissances au Maroc à l’époque (Weiner, Middle East Journal, 1979). Hassan II envoie au Sahara l’équivalent symbolique d’une année de vie du pays — « engager la moisson solennelle que Dieu nous donne ». C’est du storytelling politique au sommet. Le roi ne mobilise pas une armée. Il mobilise un symbole démographique.
La ventilation officielle donne 306 500 civils et 43 500 fonctionnaires (Morocco World News ; Swarthmore Global Nonviolent Action Database). Boutaleb, dans ses mémoires (Un demi-siècle dans les arcanes de la politique), avance 524 000 participants effectifs — chiffre considérablement supérieur. Britannica est incohérente en interne, donnant tantôt 200 000, tantôt 350 000 selon l’article consulté. Le chiffre n’a jamais été vérifié de manière indépendante. Les marcheurs comptaient environ 10 % de femmes — soit environ 35 000.
La machine logistique d’un État en marche
Les données logistiques qui suivent proviennent principalement d’une source unique : les mémoires de Boutaleb, relayées par Le Matin.ma (2004) et Lebrief.ma. Source de première main. Mais partisane. Et non auditée. Cette précision est nécessaire : les chiffres sont impressionnants, et c’est précisément pourquoi il faut savoir d’où ils viennent.
La mobilisation est encadrée par 757 agents du ministère de l’Intérieur — 165 caids et 592 cheikhs — qui gèrent les marcheurs par groupes de 2 500 personnes. L’acheminement mobilise 113 trains, soit environ 10 par jour pendant 11 à 12 jours, vers Marrakech comme point de ralliement. Puis entre 7 813 et 12 000 camions prennent le relais vers Tarfaya, le point de départ final.
Deux routes totalisant 100 km sont goudronnées en 18 jours entre Tan-Tan, Tarfaya et Tah. En plein désert. En trois semaines. L’administration marocaine déploie une efficacité qui contraste avec l’image d’un élan populaire spontané.
Chaque marcheur reçoit 3 repas par jour — 3 200 calories — et 10 litres d’eau. Le gouvernement distribue 500 000 exemplaires du Coran — un pour chaque marcheur et demi, symboliquement. Coût direct annoncé : 120 millions de dirhams (Boutaleb). Le contingent de Rabat-Salé, 10 000 personnes, compte 2 médecins, 12 infirmiers, 62 assistantes sociales et 20 prédicateurs (Rollinde, citant Basri in La Marche verte, p. 441).
Trois semaines. Un pays entier mis en mouvement. Infrastructure construite, population acheminée, logistique militaire impeccable. Mais le récit officiel continue de parler d’« élan populaire spontané ».
L’opération militaire que le récit national omet
20 000 soldats des Forces Armées Royales (FAR) encadrent officiellement les civils. Rôle affiché : protection. Mais le 31 octobre — six jours avant la marche — un détachement sous le colonel Ahmed Dlimi pénètre dans le nord-est du Sahara occidental. Il occupe Farsia, Haousa et Jdiriya. Il affronte le Polisario (Le Monde diplomatique/Mundy ; EBSCO ; 20thcenturywars.com).
Ce n’est pas un détail. Six jours avant que les civils brandissent leurs Corans, l’armée était déjà à l’intérieur du territoire. La marche « pacifique » est doublée d’une opération militaire que le récit officiel marocain n’a jamais intégrée dans sa narration.
Le télégramme déclassifié du ministre espagnol des Affaires étrangères Cortina à Kissinger (FRUS, Madrid, 2 novembre 1975, n° 7618) ajoute une dimension supplémentaire : 25 000 des « marcheurs verts » seraient en réalité des militaires portant des armes dissimulées. Cortina qualifie la Marche de « Trojan Horse » — cheval de Troie.
Comment vérifier cette affirmation ? On ne peut pas. C’est un télégramme diplomatique — une évaluation d’un gouvernement étranger, pas un rapport d’observation indépendant. Mais c’est un document officiel, déclassifié, consultable dans les archives américaines. Il existe.
Franco agonise, l’Espagne hésite
L’agonie de Franco est le contexte décisif. Hospitalisé à partir du 15 octobre, le dictateur subit au moins quatre ou cinq crises cardiaques (TIME Magazine). Les pouvoirs sont transférés à Juan Carlos le 30 octobre. Franco meurt le 20 novembre. L’Espagne dispose d’environ 16 000 soldats au Sahara et 20 000 aux Canaries (mémorandum CIA déclassifié, 8 novembre 1975, directeur Colby à Kissinger). L’armée espagnole est supérieure en nombre et en armement.
Mais Juan Carlos a conclu que la transition démocratique importe davantage que le Sahara. L’Espagne de 1975 regarde vers l’Europe, pas vers l’Afrique. Le Sahara est sacrifié sur l’autel de la démocratie espagnole naissante.
Hassan II a choisi le moment parfait. Un adversaire affaibli. Un allié américain acquis. Une opinion mondiale distraite. Le timing de la Marche Verte n’est pas un hasard — c’est un chef-d’œuvre de calcul géopolitique.
6 novembre 1975 : le jour J
Le signal d’Agadir
Le signal est donné par Hassan II depuis le poste de commandement de la Gendarmerie Royale à Agadir. Les mots : « Au nom d’Allah, Osman, en avant ! » (Maroc Diplomatique). L’heure de 10h15 n’est documentée que par Le Brief, qui attribue la description au journaliste Louis Gravier du Monde — aucune autre source ne la confirme.
Le Premier ministre Ahmed Osman — beau-frère du roi — mène la première vague d’environ 50 000 marcheurs à travers Tah (EBSCO Research Starters). C’est le beau-frère du roi, pas un anonyme, qui conduit la marche. Le symbole est clair : la famille royale s’engage physiquement.
La phrase que tout le monde attribue au mauvais jour
« Demain, tu franchiras la frontière. Demain, tu entameras ta Marche. Demain, tu fouleras une terre qui est tienne. » Cette phrase — la plus célèbre de Hassan II sur la Marche Verte, celle que chaque Marocain connaît — date du discours du 5 novembre 1975, prononcé depuis Agadir, la veille de la marche.
Pas du 16 octobre.
Les médias, les manuels scolaires et même les sites institutionnels marocains confondent systématiquement les deux discours (Rollinde/Cairn, note 18 ; Hassan II, La Marche verte, p. 33). Le 16 octobre, c’est le discours sur l’avis de la CIJ et l’annonce du concept. Le 5 novembre, c’est l’ordre de marche. Deux moments distincts, quasi systématiquement fusionnés dans la mémoire collective.
Dix kilomètres dans le désert
Les marcheurs avancent d’environ 10 km au-delà de la frontière. Toutes les sources convergent sur cette distance (Swarthmore GNAD ; Jadaliyya ; EBSCO). Ils n’entrent pas dans El Aaiun. Ils ne traversent pas le territoire. Dix kilomètres — quelques heures de marche dans le sable.
Les troupes espagnoles ont établi une ligne de dissuasion à environ 14 km au sud de la frontière (EBSCO : « about nine miles / fourteen kilometers »). Blindés. Artillerie. Avions. Mais l’ordre est formel : ne pas tirer. L’Espagne refuse la confrontation directe avec des civils portant des Corans devant les caméras du monde entier. L’arme de Hassan II fonctionne : les marcheurs sont un bouclier humain symbolique qu’aucune armée occidentale ne veut être vue en train d’écraser.
Aucune victime de la marche elle-même n’est confirmée par des sources indépendantes.
Le même jour, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 380, qui « déplore » la marche. Le verbe est faible. Intentionnellement. Les États-Unis et la France ont édulcoré le texte. Le 9 novembre, Hassan II ordonne le retrait après les négociations Carro-Hassan du 8 novembre à Agadir. Les derniers marcheurs quittent le territoire le 13 novembre.
Trois jours de marche effective. Dix kilomètres dans le sable. Pas un mort du fait de la marche. Mais la suite, elle, sera sanglante.
L’accord de Madrid et la main de Kissinger
Un partage en coulisses
L’accord de Madrid — Déclaration de principes enregistrée aux Nations Unies (UN Treaty Series Vol. 988, I-14450) — est signé le 14 novembre 1975, huit jours après la marche. Il institue une administration temporaire tripartite : Maroc, Mauritanie et Djemaa locale (l’assemblée tribale sahraouie). L’Espagne s’engage à se retirer avant le 28 février 1976. Le retrait effectif est achevé le 26 février.
Le partage du territoire, formalisé en avril 1976 : les deux tiers nord — la Saguia el-Hamra — au Maroc. Le tiers sud — le Río de Oro — à la Mauritanie. Les Sahraouis ne sont pas consultés.
Des clauses secrètes existent. Révélées par le magazine espagnol Interviú dans son numéro 89 en 1978, elles prévoient des droits de pêche pour l’Espagne et une participation de 35 % dans Fosbucraa — la mine de phosphates (Hodges, Western Sahara: The Roots of a Desert War, 1983, p. 175). Le phosphore, encore.
Le constitutionnaliste espagnol Carlos Ruiz Miguel affirme que Rabat s’est aussi engagé à renoncer à ses revendications sur Ceuta et Melilla (ResearchGate). Un mémorandum CIA (FRUS Vol. E-9, Doc. 87) confirme que Madrid cherchait de telles garanties. Mais le texte verbatim de cette clause n’a jamais été reproduit intégralement. Le numéro d’Interviú n’est pas numérisé.
Point juridique décisif, souvent ignoré : le conseiller juridique de l’ONU Hans Corell établit le 29 janvier 2002 (lettre S/2002/161) que « l’accord de Madrid n’a pas transféré la souveraineté sur le territoire ». En droit international, le Sahara occidental n’a jamais été juridiquement cédé au Maroc. L’Assemblée générale de l’ONU « prit note » de l’accord via la résolution 3458 B (10 décembre 1975) — ce qui est distinct d’une approbation. La résolution 3458 A, adoptée le même jour, réaffirme le droit à l’autodétermination.
Le rôle documenté de Kissinger
Le 17 octobre 1975, lendemain de l’avis de la CIJ, le secrétaire d’État américain Henry Kissinger dit à Gerald Ford lors d’une réunion à la Maison-Blanche (Ford Library ; Mundy, Journal of North African Studies, 2006) : « La Cour a dit que la souveraineté avait été décidée entre le Maroc et la Mauritanie. C’est essentiellement ce que Hassan voulait. »
La CIJ avait conclu exactement le contraire. On dispose du verbatim déclassifié de cette réunion. Ce n’est pas un soupçon. C’est un document.
Le 10 novembre, quatre jours après la marche, Kissinger dit à Ford : « Si Hassan n’obtient pas le Sahara, il est fini. Nous devrions maintenant travailler pour nous assurer qu’il l’obtienne. » L’émissaire Vernon Walters lie la coopération sur le Sahara au renouvellement des bases américaines en Espagne et à une commande de 1,5 milliard de dollars d’armements. Deux mois après Madrid, un traité commercial favorable est signé entre Washington et Madrid.
Quant à la citation souvent attribuée à Daniel Patrick Moynihan — ambassadeur américain à l’ONU — dans son livre A Dangerous Place (1978) : « The United States wished things to turn out as they did […] This task was given to me, and I carried it forward with no inconsiderable success », elle concerne explicitement le Timor oriental dans le texte original. Le passage mentionne 60 000 morts et 10 % de la population — chiffres compatibles avec le Timor, pas avec le Sahara. L’historien Stephen Zunes l’applique régulièrement au Sahara occidental — extrapolation raisonnée du rôle général de Moynihan, mais pas le contexte immédiat du livre (Chomsky, « East Timor Retrospective », 1999).
La France de Giscard
La France n’est pas spectatrice. Giscard d’Estaing appuie le Maroc. En décembre 1977, la France intervient directement avec l’Opération Lamantin : des Jaguar A français décollent de Dakar pour bombarder des colonnes du Polisario en Mauritanie. Usage rapporté de napalm (Hodges, 1983). C’est le premier emploi opérationnel du Jaguar A de l’armée de l’Air française. Contre des guérilleros dans le désert. Pour protéger un allié mauritanien en train de s’effondrer.
Le vrai du faux
Le mythe : « La Marche Verte était une marche 100 % pacifique et 100 % civile, sans aucune dimension militaire. »
La réalité : Six jours avant la marche civile, les FAR sous le colonel Dlimi occupaient déjà des positions à l’intérieur du Sahara occidental (Le Monde diplomatique/Mundy). Le télégramme Cortina (FRUS, n° 7618) affirme que 25 000 des marcheurs étaient des militaires déguisés. 20 000 soldats encadraient officiellement les civils. La dimension militaire est documentée par des sources espagnoles, américaines et françaises. Elle est simplement absente du récit national marocain.
Guerre, mur et cessez-le-feu : les cinquante ans qui suivent
L’exode et la proclamation de la RASD
Le retrait espagnol, achevé le 26 février 1976, déclenche un exode massif vers les camps de Tindouf en Algérie. Des familles sahraouies fuient sous les bombardements. La veille — le 27 février — le Polisario proclame la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) depuis Bir Lehlou, avec El-Ouali Mustapha Sayed comme premier président.
La RASD est reconnue par jusqu’à 84 États à son apogée. En 2024-2025, environ 46-47 maintiennent cette reconnaissance — le chiffre baisse (retraits du Panama, du Ghana, entre autres). La RASD est admise à l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) le 22 février 1982. Le retrait du Maroc de l’OUA date de 1984 — deux ans plus tard. Les deux dates sont régulièrement confondues.
Le Maroc ne réintègre l’Union africaine — successeur de l’OUA — qu’en 2017. Trente-trois ans d’absence.
Seize ans de guerre dans le désert
La guerre (1975-1991) traverse quatre phases. Les batailles d’Amgala sont les seules à opposer directement soldats marocains et algériens : du 27 au 29 janvier 1976 d’abord, puis du 14 au 15 février. Des soldats algériens sont capturés. Le fait est rare dans l’histoire du Maghreb : deux États voisins s’affrontent militairement, l’un au nom de la souveraineté, l’autre au nom de l’autodétermination.
La Mauritanie, trop faible pour soutenir le conflit, est dévastée. Le président Ould Daddah est renversé par un coup d’État le 10 juillet 1978. Ses successeurs signent la paix d’Alger avec le Polisario le 5 aout 1979. La Mauritanie renonce au Sahara. Le Maroc annexe immédiatement la zone mauritanienne — le Río de Oro — le 11 aout 1979. Six jours. Le Maroc contrôle désormais la totalité du territoire revendiqué.
Le mur des sables : 2 700 km de pierres, de sable et de mines
Le mur est la réponse militaire définitive. Environ 2 700 km de bermes défensives, construites en six phases d’aout 1980 au 16 avril 1987. Il coupe le Sahara occidental en deux : l’ouest — les villes, les côtes, les phosphates — sous contrôle marocain. L’est — le désert, les camps — sous influence Polisario.
Le mur est défendu par environ 120 000 soldats (HRW/CICR). Le chiffre de 160 000 provient de sources pro-Polisario. Il permet au Maroc de contrôler environ 80 % du territoire — la partie utile.
Le nombre de mines posées le long du mur est inconnu. Un officier marocain a déclaré 1 à 2 millions à la MINURSO (HRW Landmine Monitor 1999). Le SMACO, organisme lié au Polisario, avance 7 à 10 millions en incluant tous types d’engins sur tout le territoire. L’UNMAS (agence de déminage de l’ONU) refuse de chiffrer. La vérité est quelque part entre les deux. Et des civils — bergers, nomades, enfants — sautent encore sur des mines en 2026.
Le référendum qui n’a jamais eu lieu
Le cessez-le-feu du 6 septembre 1991 conduit à la création de la MINURSO — Mission des Nations Unies pour l’Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental (résolution 690, 29 avril 1991). Le référendum est dans le nom de la mission. Il devait avoir lieu en 1992. Il n’a jamais eu lieu.
Le blocage est technique et politique. Sur 51 220 candidats des groupements tribaux contestés (H41, H61, J51/52), seuls 2 130 sont jugés éligibles par les commissions d’identification. Taux de rejet : 96 % (MINURSO, minurso.unmissions.org/en/history ; Theofilopoulou, USIP SR 166). Le Maroc a inondé le processus de candidatures. L’ONU les a rejetées massivement. Sans accord sur qui vote, pas de vote.
La MINURSO est par ailleurs la seule mission de maintien de la paix de l’ONU depuis 1978 à fonctionner sans mandat de surveillance des droits humains. La France bloque cette dimension au Conseil de sécurité. Chaque année. Depuis plus de trente ans.
Le plan d’autonomie marocain de 2007 (S/2007/206) propose des organes locaux élus — parlement régional, exécutif local — mais sans option d’indépendance. Le Polisario l’a rejeté. Le cessez-le-feu est rompu depuis le 13 novembre 2020, après une opération marocaine à Guerguerat, le poste-frontière avec la Mauritanie. Environ 173 600 réfugiés sahraouis vivent dans les camps de Tindouf selon le chiffre de planification algérien (SRRP 2024-25). Le baseline UNHCR reste 90 000 depuis 2005 — l’Algérie refuse un recensement indépendant.
Le basculement diplomatique de 2020-2026
La proclamation Trump du 4 décembre 2020 (proclamation 10126, publiée au Federal Register 85 FR 81329) reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ouvre les vannes. Elle est liée à la normalisation Maroc-Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. Un échange : reconnaissance du Sahara contre reconnaissance d’Israël. La géopolitique, à son état le plus pur.
L’Espagne de Sánchez suit le 14 mars 2022. Une lettre qualifiant le plan d’autonomie de « base la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le conflit. Macron écrit à Mohammed VI le 30 juillet 2024 que « le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ». Le Royaume-Uni emboite le pas le 1er juin 2025 — annonce de David Lammy à Rabat. Trois membres permanents du Conseil de sécurité sur cinq reconnaissent désormais la souveraineté marocaine.
La résolution 2797 du CSNU (31 octobre 2025, 11 voix pour, 0 contre, 3 abstentions) constitue un tournant en institutionnalisant le soutien au plan d’autonomie. Environ 118 pays soutiennent désormais le plan (C-24 ONU, octobre 2025 ; HRW World Report 2026).
En février 2026, des consultations secrètes à l’ambassade américaine de Madrid réunissent Maroc, Algérie, Mauritanie et Polisario (Morocco World News). La diplomatie avance.
Mais le droit résiste. La Cour de justice de l’UE confirme le 4 octobre 2024 que le Sahara occidental est « séparé et distinct » du Maroc et annule les accords commerciaux et de pêche UE-Maroc qui s’y appliquaient — délai de 12 mois pour la mise en conformité. La diplomatie et le droit ne marchent pas au même rythme. Ils ne marchent même pas dans la même direction.
Un récit national verrouillé
Le 6 novembre est jour férié au Maroc. La Marche Verte est enseignée dans les manuels scolaires comme moment fondateur de l’unité nationale. Le billet de 100 dirhams — séries 1987, 2002, 2023 — représente les marcheurs. Chaque année, les discours officiels réaffirment la sacralité de cet événement.
L’article 190 du Code pénal marocain prévoit 5 à 20 ans de prison pour atteinte à la sureté extérieure de l’État. Les amendements de 2016 du code de la presse ajoutent jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et une interdiction d’exercice pour les journalistes. Le journaliste Ali Lmrabet a été interdit d’exercer pendant 10 ans par le tribunal de Rabat, le 12 avril 2005, pour avoir qualifié les Sahraouis de Tindouf de « réfugiés ». Le mot « réfugié » — un terme du droit international — lui a couté sa carrière.
La question du Sahara au Maroc n’est pas un sujet de débat. C’est un tabou pénalement sanctionné. Tout Marocain qui remet en question la « marocanité du Sahara » s’expose à des poursuites. Cela inclut les MRE.
Le contre-récit sahraoui
Le contre-récit qualifie la marche d’invasion coloniale. Il rappelle l’opération Dlimi du 31 octobre, les bombardements de camps de réfugiés dans les semaines qui ont suivi le retrait espagnol, et Gdeim Izik (2010). Ce campement de protestation pacifique près de Laayoune est démantelé le 8 novembre 2010. 25 civils sahraouis sont jugés par un tribunal militaire en 2013 — le groupe est souvent appelé « les 24 » car l’un est jugé par contumace. 22 sont rejugés au civil en 2017. Huit sont condamnés à perpétuité. 19 restaient emprisonnés en 2022 (HRW ; Amnesty International). Le Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire a déclaré leur emprisonnement illégal en octobre 2023.
L’Algérie dans l’équation
L’Algérie justifie son soutien au Polisario par le principe d’autodétermination. La position est cohérente avec son identité de pays né d’une guerre de libération — la guerre d’Algérie, 1954-1962, un million de morts selon le récit algérien. Mais les motivations géopolitiques sont aussi documentées : empêcher l’hégémonie marocaine au Maghreb, assurer une profondeur stratégique (héritage de la Guerre des Sables de 1963), obtenir un accès à l’Atlantique via un État allié.
Les relations diplomatiques entre Alger et Rabat sont rompues depuis aout 2021. Le Maghreb reste fracturé. Le Sahara en est la fracture principale.
Et aujourd’hui ?
Ismaël a 25 ans. Il vit à Marseille. Sa mère est française, son père est marocain. Au lycée, un cours d’histoire sur la décolonisation mentionne le Sahara occidental en trois lignes. À la maison, chez son père, la Marche Verte est sacrée — le jour où le Maroc a récupéré ce qui lui appartenait, point final. Ismaël ne sait pas que la CIJ a dit autre chose. Personne ne lui a jamais montré le paragraphe 162 de l’avis consultatif. Quand il demande des détails, on lui répond ma kayn ma yitgal (il n’y a rien à discuter).
Rachid, 55 ans, Lille. Il avait 4 ans en 1975. Son père lui a raconté la marche comme un miracle national, un moment de communion entre le roi et son peuple. Il connaît la phrase « Demain, tu franchiras la frontière ». Il la cite chaque 6 novembre, en famille. Il ne sait pas qu’elle date du 5 novembre, pas du 16 octobre. La confusion ne change rien à ce qu’il ressent. Mais elle dit quelque chose sur la manière dont l’histoire est transmise dans les familles MRE — par l’émotion, par la fierté, par la répétition. Pas par les sources.
Amina, 30 ans, Lyon, binationale. Elle a découvert l’avis de la CIJ pendant ses études de droit. La tension entre ce qu’elle a appris en famille et ce qu’elle a lu dans le Recueil de la CIJ ne s’est jamais résolue. Elle comprend les deux positions. Elle ne tranche pas. Elle sait que le droit dit une chose et que la diplomatie en fait une autre. Et quand le sujet tombe pendant un repas familial, elle se tait. Parce que la paix familiale vaut plus qu’un débat juridique. Mais le silence n’est pas l’oubli.
La communauté MRE — environ 5,4 millions de personnes dans le monde (HCP 2020), dont 80 à 85 % en Europe — reste fortement mobilisée sur la question du Sahara. En France, environ 1,7 million de personnes d’origine marocaine (immigrés et descendants de 2e génération, INSEE 2019) portent cette histoire dans leur identité, consciemment ou non.
Un fait méconnu : des MRE ont participé à la marche originale. Le PDG de Maroc-Volvo affrétait un Boeing pour amener des volontaires de la banlieue parisienne (Mireille Duteil, Jeune Afrique, novembre 1975). Initiative ponctuelle et privée. Pas une mobilisation massive. Mais le lien entre la diaspora et la Marche Verte est ancien. Il date du premier jour.
Entre Moriginals, cette histoire mérite d’être racontée en entier. Pas pour trancher le conflit — ce n’est pas notre rôle. Mais pour que chaque Moriginal puisse connaître les faits, les sources, les contradictions, les silences. Et décider par lui-même ce qu’il en pense. L’opinion éclairée vaut mieux que la répétition aveugle.
Le Maroc est un pays dont l’histoire est riche, complexe et traversée de tensions. La Marche Verte en est peut-être l’épisode le plus concentré : héroïsme national et calcul géopolitique, élan populaire et logistique militaire, fierté collective et tabou juridique. Tout cela en même temps. Tout cela vérifié par des documents accessibles à quiconque veut les lire.
L’avis de la CIJ est toujours là. Le paragraphe 162 n’a pas bougé en cinquante ans. Et 350 000 Marocains ont quand même marché.
Pour aller plus loin
- Protectorat et indépendance du Maroc : de 1912 à 1956 — l’autre protectorat, celui de l’Espagne au nord et au sud, qui précède et éclaire la question du Sahara
- Abdelkrim el-Khattabi et la guerre du Rif — cinquante ans avant la Marche Verte, un autre Marocain défiait l’Espagne dans le nord du pays
- Qatar 2022 : quand le Maroc a fait trembler le monde — en 1975 comme en 2022, le Maroc s’est levé d’un bloc, mais les circonstances n’avaient rien à voir
- Coupe du Monde 2030 : le Maroc se projette comme puissance — cinquante ans séparent la Marche Verte de la CDM 2030, deux moments de fierté nationale
- 2e et 3e génération MRE : héritiers sans mode d’emploi — le Sahara comme marqueur identitaire diasporique, tabou inclus
Partage cette histoire
Le 16 octobre 1975, la CIJ dit NON à la souveraineté marocaine sur le Sahara. Le soir même, Hassan II dit qu’elle a dit OUI. Trois semaines plus tard, 350 000 Marocains marchent. L’histoire complète, sourcée, avec les documents déclassifiés : Lis l’article : https://moriginals.org/culture/marche-verte-1975-sahara-maroc-histoire
Publié le 21 mars 2026 — Mis à jour le 21 mars 2026
À propos de l’auteur
Yazid El-Wali — Fondateur de Moriginals. Né en France de parents marocains, naturalisé, il aspire au retour. Entrepreneur avec un parcours en finance, proche des entrepreneurs MRE et de leurs problématiques fiscales, juridiques et patrimoniales.
Moriginals n’est pas un cabinet de conseil. Cet article est rédigé à titre informatif et documentaire. Les sources sont citées dans le texte. Pour approfondir, consulte les ouvrages et documents référencés.
Questions fréquentes
C'est quoi exactement la Marche Verte de 1975 ?
Le 6 novembre 1975, 350 000 civils marocains munis de Corans et de drapeaux ont franchi la frontière du Sahara espagnol sur ordre de Hassan II. Pas de violence directe. L'Espagne a négocié le retrait et signé l'accord de Madrid huit jours plus tard (Déclaration de principes, 14 novembre 1975, UN Treaty Series Vol. 988, I-14450).
La Cour internationale de Justice a dit quoi sur le Sahara en 1975 ?
La CIJ a reconnu des liens d'allégeance entre le sultan et certaines tribus sahraouies, mais elle a rejeté toute souveraineté territoriale marocaine (CIJ, avis du 16 oct. 1975, par. 162). Hassan II a interprété l'avis comme une victoire. Le texte intégral dit le contraire.
Pourquoi le référendum sur le Sahara n'a jamais eu lieu ?
Le blocage porte sur la liste électorale. Le Maroc a proposé des dizaines de milliers de candidats issus de groupements tribaux contestés. L'ONU en a rejeté 96 % — 2 130 éligibles sur 51 220 (MINURSO, minurso.unmissions.org). Sans accord sur qui vote, pas de vote.
Les États-Unis étaient au courant pour la Marche Verte ?
Plus qu'au courant : Kissinger a activement soutenu la prise marocaine. Les documents déclassifiés montrent qu'il a menti à Ford sur le contenu de l'avis de la CIJ et lié le soutien au Sahara à des contrats d'armement avec l'Espagne (archives Ford Library ; FRUS Vol. E-9).
Des MRE ont participé à la Marche Verte ?
Au moins un groupe de MRE (Marocains Résidant à l'Étranger) de la banlieue parisienne fut acheminé par un Boeing affrété par le PDG de Maroc-Volvo (Mireille Duteil, Jeune Afrique, novembre 1975). C'était une initiative privée, pas une mobilisation massive de la diaspora.